Le chat-pitre-4, ou l’envie de partir

               Aïe caramba amigos y amigas, saludos ! Quel dilemme, quel choix cornebidouillien! Que faire en ces temps grotesques, que vous conter, comment vous divertir ? Comment voir  le verre à moitié plein quand le mien ne veut que se vider à grands coups de tequila, d’alcool à 90 degrés et autre liquide vaisselle?! Je pensais la semaine dernière vous narrer avec lyrisme pourquoi nous aimions tant nous évader pour des étendues lointaines. Mais au vu de -excuse my french- la merde qui se profile à l’horizon, pourquoi ne pas rester dans le thème et épiloguer sur l’historique édifiant et tarabiscoté du rouleau de PQ ? Et continuer de rire jaune. Ou orange.

              Et puis, je me suis dit qu’en fait, évoquer cette envie de partir vers l’infini et l’au-delà, n’était peut-être pas si incongru à l’aune d’un futur où ironiquement ce sont maintenant les Américains qui font bugger le site de l’immigration canadienne. Mais qu’est-ce que qu’il y-a-t-il donc de si attrayant derrière ce verbe « partir » qui, entre nous, réalise un score absolument déplorable au scrabble et qui fait partie en plus, cerise sur le pompon, du troisième groupe ! Mordi ! Enfin quoi, même si on peut tout débiter en ce bas monde, on ne dit pas nous « partissons » misérables !

            avionPARTIR. Partir en catastrophe. Partir en vadrouille. Partir au trot ou au galop. Partir de rien. Partir au quart de tour. Partir dans le décor. Partir à l’aventure. Partir en fumée. Partir pour mieux revenir. Partir du bon pied. Partir un jour sans retour ou sans bagage. Partir en éclaireur. Partir en vrille, en cacahuète, en sucette ou même en quenouille. Mille million de mille sabords, qu’est-ce qu’elle est encore allée chercher cette moule à gaufre de Souricette ? Eh bien, figurez-vous qu’en fouinant sur la toile, je suis tombée sur cette perle linguistique et que je n’ai pas pu m’empêcher de vous la partager car s’exclamer entre deux bouchées de topinambours feuilletés que « le monde est parti en quenouille  » a bien plus de saveur qu’utiliser l’autre expression, plus répandue, qui finit par le même son et qui est un poil (appréciez la subtilité du calembour) plus courte. Moins longue certes, mais légèrement moins distinguée. Partir en couilles. Pardon, ça m’a échappé. Et pis zut, à bas les pudibonderies et le raffinement, ça ne mène plus nulle part.

helicoco
Partir. Deux syllabes et six lettres qui dissimulent au creux de leurs courbes généreuses et leurs formes étirées des envies d’ailleurs, pas forcément de mieux ou de meilleur, mais d’autre. D’autres visions, d’autres parfums, d’autres voix, d’autres histoires, d’autres vies, d’autres expressions, d’autres passés, d’autres regards, d’autres émotions, d’autres manières de penser, de partager, d’échanger, d’écrire ou d’interférer. Car pour nous autres, heureux habitants d’un pays où il est relativement aisé de décrocher un visa, de monter dans un bus, de prendre un avion ou de s’embarquer dans un van à grosses fleurs vers une autre destination, nous jouissons de ce luxe fragile et suprême de pouvoir faire pivoter sous nos doigts un globe terrestre jusqu’à ce que l’on s’arrête sur un lieu inconnu et qu’on se dise : top ! je veux savoir en vrai comment c’est ici. Et à toucanouuus ceux qui oseraient imputer à ce désir de partir, une envie de fuir, j’acquiescerais. Je fuis en effet. Mais pas ma chère famille, ni ma magnifique région, ni mon bel entourage, ni mon joli pays. Je fuis le manque de curiosité et l’absence d’appétit pour la vie. Et si je ne suis pas bien riche, c’est pourtant un vrai privilège de pouvoir s’éclipser au nom de lubies soudaines et de certains idéaux quand d’autres s’enfuient pour éviter de crever sous les balles tout simplement. Choisir de vivre, qui ne le ferait pas ?

                tousensembleoueAlors pourquoi partir si loin souvent, si longtemps parfois? Pour ces moments d’errance où tu sais pas vraiment ce que tu fous à l’autre bout de la planète, entassée dans un bus entre des poules et des paniers de légumes, et que tu te laisses gagner par le fou rire de ta voisine. Pour ces moments de galère où tu te retrouves avec un seul miraculeux dollar néo-zélandais sur ton compte, et qu’un chauffeur habillé comme un rocker t’offre un ride gratuit dans son bus. Pour ces instants où tu rencontres un couple de quinquas australiens sur la plage et que tu te retrouves deux heures après à faire ta lessive chez eux, confortablement assis dans leur salon. Pour ces minutes interminables confinés dans un bureau d’immigration où des moustiques assez kamikazes pour penser que c’est le moment le plus opportun pour venir te piquer là où tu n’as pas accès sans contorsion ridicule, qui s’effacent devant le plus beau des sourires d’une inconnue compatissante qui attend peut-être depuis plus longtemps que toi. En fait, c’est ça notre adrénaline à nous fieffés voyageurs, coquins baroudeurs et curieux saltimbanques que nous sommes. Parce qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait mais que chaque jour amène invariablement son lot de surprises. Même en restant sur sa terrasse, il n’est pas garanti qu’on ne viendra pas vous taper la causette et vous refiler au passage un tableau authentique…dupliqué cent fois à la ronde. Oui, quand on ose sortir de sa petite bulle douillette, on respire et on vit pleinement, sans filet ni épuisette.

                         Et c’est exactement pour cela qu’on décide de partir. Pour se prendre des putains d’émotions dans la trombine et en redemander, pour avoir le cœur serré en voyant un simulacre de chien à trois pattes, pour déblatérer des psychologies de comptoir avec force âme et conviction dans une partie de belote endiablée, pour entendre les « Hello » et autres « Ola » des enfants méga contents de croiser des bobines d’étrangers dans leur village, pour se prendre un fou rire avec un Indien qui parle à peine anglais et qui nous vante les vertus du ginger power, pour s’égosiller noumayoumaye sur l’effroyable Ozone devant un public de philippins en délire, pour bouffer à grandes lampées une soupe de nouilles bien trop épicée pour nos langues européennes mais toujours la trouver trop bonne, pour faire des feux de joie partout où on trouve du bois et attirer compagnons de voyages ou famille de renards, pour faire du scooter dans la jungle et penser qu’on a 14 ans à nouveau, pour s’émerveiller après des kilomètres de marche devant des plantes dont on ne connait même pas le nom et devant la grandeur des glaciers… Pour apprendre enfin, à donner sans rien attendre en retour comme le prônait si bien F. Pagny, éminent philosophe des temps modernes. C’est surtout ma manière à moi de faire un petit pied de nez contre le mouvement trumpistefucktrump, ce nouveau fléau, bien plus dangereux que le virus Zika, qui guette et qui cherche, en jouant sur nos peurs et nos différences, à tous nous diviser pour nous faire oublier que notre planète est quand même chouette. Alors, je n’arrêterai jamais de PARTIR explorer la terre entière s’il le faut, pour continuer à voir que la nature est sublime et à croire que nous pouvons, nous autres petits êtres humains, essayer de la protéger contre ses propres créations et turpitudes. Voilà ma thérapie post-mardiesque, combinée à une ribambelle de noms d’oiseaux piqués au Capitaine Haddock à chaque fois que je lis une énième horreur proférée avec aplomb et fierté par cet oncle Donald ou que j’aperçois l’ombre d’un cheveu de sa perruque clownesque sur la toile. Oh, ça ne change rien, direz-vous, mais ça fait du bien, tonnerre de Brest de perroquet bavard à la sauce de hérisson pyromane !!! Vermicelle !

haddock

            Ainsi, ma foi, vous n’aurez pas perdu votre dimanche : après vous avoir appris une nouvelle expression colorée pour les soirées Backgammon et vous avoir fait revoir succinctement une touche de grammaire dont tout le monde se fout si ça passe pas à la télé, je vous laisse avec une réflexion existentielle de ce cher chat, d’une infime sagesse, et lève mon verre, à moitié plein, à vous tous chers lecteurs ! A dimanche prochain pour un nouveau post optimistiquement optimistique ! SANTE !

con

9 réflexions sur “Le chat-pitre-4, ou l’envie de partir

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s