Le chat-pitre-5, ou l’heure de l’embarquement

           Chers habitants de cette planète galactique décadente et lecteurs érudits de ce bas-monde chaotique, bonsoir ! Après le tumulte de la semaine passée, et l’explosion d’émotions rocambolesques autour de l’hérésie américaine qui a osé élire un homme fier de penser que le changement climatique est une invention des Chinois, au même rayon que les nouilles, la porcelaine et Kung-Fu Panda, je vais vous confier un secret de la plus haute importance qu’il ne faudra absolument jamais divulguer et ce, même si on vous force à porter un tutu à froufrous sur des braises brûlantes en chantant le dernier single de Mariah Carey. Vous prenez donc l’entière responsabilité de lire la suite de ce post, en votre âme et inconscience. Oui, hélas ! Mariah Carey chante encore, une autre apocalypse si vous voulez mon avis.

             maman-jai-rate-lavionIl est donc grand temps de coucher sur le papier, d’écrire noir sur blanc, d’exposer au grand jour, de mettre la nappe sur la table et de vous avouer à vous seulement, joyeux trublions de la confidence, que j’ai un tout petit peu mais pas beaucoup en fait peur de l’avion. Quoi ? C’est ça le secret classé top secret  ? Je vous l’accorde, c’est un peu racoleur comme méthode, on se croirait chez feu Delarue, mais il faut bien user de ruse démoniaque de nos jours pour attirer l’attention. Mais, en toute bonne foi, pour une mordue du voyage, une siphonnée de la route, avouez que c’est quand même bête d’avoir les foies à chaque fois que je dois prendre un Airbus ou un Boeing depuis Bordeaux, Paris ou même Foix. Mais pourquoi utilise-t-elle tous ces homonymes, me questionnerez-vous ? Mais c’est quoi des homonymes surenchérirez-vous ? Eh bien, parce que quand je m’apprête à prendre l’avion, j’essaie justement de me concentrer sur tout plein de bidules pour essayer d’oublier que je vais monter pour des heures entières dans un imposant appareil avec des personnes que je ne connais ni d’Adam ni d’Eve et qui ne s’appellent peut-être même pas comme ça, conduit par des pilotes avec qui je n’ai jamais pris le thé ni les boudoirs qui l’accompagnent quand on est invités chez des amis sympas, dans un vaste ciel que, comme beaucoup de poulets en cage, je ne connais pas très bien non plus !

          barbygirlJe vous vois déjà vous insurger « mais comment est-ce pensable avec tous les médicaments qu’on trouve aujourd’hui à côté des brosses à dents et des cotons-tiges? » Fiente ! Mais, j’ai tout essayé pardi ! La méthode « Un long dimanche de fiançailles » : si mon Manech à moi revient des toilettes avant 5 minutes 03 mais pas avant 4.13, c’est que le vol va très bien se passer. Bon, si vous ne connaissez pas le film, l’effet retombe bien entendu. Ou bien la méthode « Ader » : non, mais franchement, techniquement parlant, c’est le moyen de transport le plus sûr, t’as plus de chances de t’écraser  le carafon en évitant un hérisson claudicant sur la route qu’en prenant l’avion… On connait tous l’histoire du hérisson. Ou encore la méthode « zen » : imagine un tilleul japonais magnifique, inspire depuis sa racine jusqu’au bout de sa branche noueuse, détends-toi au rythme de ses feuilles qui caressent tes joues, le pilote est bien repu et content de monter dans son joujou qui fonctionne comme une pendule suisse-allemande parce qu’il est surveillé de très très près par des spécialistes de gros joujoux. Eh oui, joujou prend un x au pluriel et je vous invite à replonger dans vos belles années de primaire pour énumérer tous les autres si vous n’avez rien de mieux à faire en ce dimanche et que vous  êtes à court de pâte à modeler. Puis, la méthode « Sud-Ouest » : un gin-tonic avec un supplément de whisky mais sans trop de tonic et un verre de vin blanc à la place du thé sivouplémerci ! Ou enfin, la méthode « maman sensiblement agacée » : bon-ça-suffit-maintenant-tu-montes-dans-cet-avion-tu-vas-kiffer-la-vibes-du-moment-un-peu-et-tu-vas-arrêter-de- nous -emmerder-avec-ta-psychose-à-deux-balles-qui-sert-à-rien-parce-que-de-toute-façon-ya-pas-d’autre-moyen-de-rejoindre-Paris-Sydney-en-moins-d’une-journée-alors-soit-tu-restes-chez-toi-à-regarder-Nicole-Kidman-soit-tu-te-taaaaais-et-tu-files-ta-carte-d’embarquement!!!!

      Bref, dans ce florilège de formules saugrenues, c’est finalement la fatalité qui l’emporte et qui tente de me raisonner en me disant que je n’avais pas qu’à commencer à voyager et aimer trop ça d’abord et que si je veux continuer à rêver éveillée, il faut bien que je me fasse violence et que j’embarque gentiment dans l’engin sans déplacer le Cirque du Soleil à chaque escale. Alors, je m’installe sagement, j’observe la position de nos sièges et je compare minutieusement la distance entre les deux sorties les plus proches grâce à mon œil affûté par des années de pétanque. Je regarde brièvement les instructions dessinées sur la carte devant moi, même si je sais pertinemment que s’il y a un souci en plein vol, ce ne sont pas les gilets canard WC qui vont nous sauver du ridicule ni de la catastrophe, je scrute les hôtesses de l’air pour évaluer leurs compétences situationurgentesques pendant leur présentation quelque peu robotisée et je me partage entre l’excitation extrême de décoller pour une destination inconnue qui me rive au hublot et mon anxiété montante qui me donne envie d’aller explorer les toilettes toutes les dix minutes. Ce jonglage émotionnel cesse enfin quand l’avion, gonflé d’orgueil et d’envie, prend son élan, nous propulse contre les sièges et quitte la piste allègrement, faisant rouler instantanément une petite larme de joie mêlée à du soulagement. Autour de moi, des passagers fixent un peu crispés le signal de la ceinture qui ne s’éteint toujours pas, un sourire forcé sur les lèvres, des bébés se mettent à pleurer, des enfants demandent innocemment à des parents qui feignent la relaxation totale ce qu’on fait si on atterrit dans l’eau, des jeunes éclatent d’un rire libératoire, certains ferment les yeux à s’en briser les paupières tandis que d’autres se mettent à prier frénétiquement, en répétant incantations et litanies mystiques destinés aux dieux du ciel et du stade. Dans ces moments-là, si loin de la terre ferme, j’envie réellement ceux qui lisent impassiblement leur journal, qui terminent leur sudoku ou qui dorment déjà sous leurs masques de nuit et qui se réveillent sereins au moment de la collation. Ah bon, on a décollé ?

              chubbyCar je ne stresse pas qu’au décollage  malheureux, que le vol soit d’une poignée d’heures ou d’une demi-journée, je reste figée littéralement sur les écrans ! Je regarde désespérément les films comiques les plus nuls de l’univers ou je me repasse des dessins animés pour me rassurer car concrètement, que peut-il arriver de grave quand on est plongés dans les aventures fantastiques des 101 Dalmatiens ou des Angry Birds? A part justement, être condamnée à se taper Angry Birds ? Parfois, lasse et lassée après 6 heures de vol passés en mode diurne et ne reconnaissant plus Dory de Nemo, je sors mon dernier va-tout et branche la radio en suppliant plus que n’espérant que la voix doucereuse  d’Adèle parvienne à m’entraîner enfin dans les limbes soporifiques du sommeil. Mais c’est à ce moment précis que l’appareil se met  à turbuler ou que le pilote vient explorer lampe en main l’aile de l’avion et que nous subissons les affres d’un trou d’air impromptu qui réactive aussitôt pour le restant du vol le hibou qui somnole en moi… Adèle est virée sur-le-champ sans préavis et sans tact et c’est Bob Marley qui prend la relève pour marteler à mes chétives oreilles qu’ every little thing… is gonna be alright !

              Bon j’exagère un brin, dans le fond, l’avion peut être fun. Surtout quand au moment de décoller, le pilote nous annonce dans un québécois prononcé, que nous allons devoir débarquer et monter dans l’avion d’à côté, créant les rires, la stupeur, puis une transhumance complètement bordélique. C’est un lieu fascinant où on peut surprendre les hôtesses débattre vivement des derniers potins étalés dans Closer quand aucun passager ne les embête; on peut entendre parler très librement un couple de la dernière circoncision du fils d’un ami à eux que leur voisine ne connait de toute évidence pas; on peut s’amuser à décrypter la composition entière des plateaux-repas tout en se payant le luxe de boire de la piquette à dix mille mètres d’altitude mais surtout, on peut tomber sur des belles rencontres. Ainsi, dans cet espace confiné, où la notion du temps reste relative, on se retrouve vite à échanger des histoires très personnelles avec sa voisine, à donner les noms de ses chats, à confier ses doutes sur l’avenir, à partager ses sentiments du moment, à rire à gorge déployée ou faire poindre une petite larme à l’horizon. Et, après avoir vécu ce moment irréel où l’on a partagé tant de soi si naturellement, on se souhaite bon voyage et bonne aventure, on espère se recroiser dans un autre avion sur une autre région de la planète, on fait des blagues idiotes. On sait bien qu’on ne se reverra probablement plus, mais on garde dans notre valise de souvenirs, l’écho immuable des paroles de cette amie de l’instant…

           lavionroseC’est pourquoi malgré tout je n’arrêterai jamais de prendre l’avion. Quitte à avoir l’air d’une chouette sous ecstasy à la sortie de 20 heures de vol, l’envie de me catapulter dans des pays où j’ai tout encore à apprendre sera toujours plus forte. J’espère que d’ici la fin de ce chat-pitre où je me suis mise quelque peu à nu -pas littéralement dieu merci- vous avez pu retrouver la liste des mots en « oux » et qui était ce fameux Ader. Sinon, n’ayez crainte, je vous éclairerai la semaine prochaine, entre autres bribes de vagabonde en thérapie aviaire.

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