Le chat-pitre-6, ou l’arrivée en terre inconnue

           Bonsoir à vous petits chats du net qui lisez mes petites chroniques dominicales depuis la France et d’autres contrées exotiques, de Madagascar à Dunkerque. La semaine dernière, j’ai osé vous confier un secret des plus étonnifiants pour ceux qui pensaient honteusement me connaître comme leur poche. En même temps, qui peut se targuer de vraiment connaître l’intérieur de sa poche ? On a beau pouvoir énumérer chaque liseré de chaque couture,  on n’est jamais à l’abri d’y découvrir un jour au détour d’une expédition expéditrice des débris d’un vieux mouchoir oublié depuis une grippe de 1997 ou les miettes d’un vieux pépito écrabouillé gardé précieusement en cas de disette mais jamais entamé car ladite disette ne vint guère. Fins limiers de la pochette, passez votre chemin si vous espérez percer un peu plus ce mystère qui me halote autour car aujourd’hui, je m’attaque à ces doux instants de doute intense lorsque, après des heures de vol approximatives entre sommeil éveillé et éveil somnolent, nous posons nos frêles petons sur des sols que nous n’avons jamais foulés.

               tuk Car c’est seulement après le calvaire aérien dont je vous ai fait part ce tantôt que l’aventure prend enfin forme et que la réalité de notre entreprise revêt ses contours les plus distincts. C’est qu’au milieu de la folie post-atterrissage, l’heure n’est plus à la reculade moussaillons!!  Engourdis par l’altitude et décalés par les heures de vol, il nous faut tout de go récupérer nos backpacks dans un infernal carroussel, nous faire tamponner les passeports par des agents affables et affronter pour la première fois la lumière d’un nouveau pays, épouser son climat, embrasser une autre langue, se frotter à d’autres traditions et surtout braver… la horde de taxis fiévreux qui s’agglutinent dans une masse informe à la sortie de l’aéroport, qu’il soit deux heures du matin, ou de l’après-midi, en plein cagnard ou en période de glaciation. Miséricorde, c’est la véritable loi de la jungle aux portes de l’immigration : certains chauffeurs chanceux brandissent comme un trophée leur panneau portant le nom de Pierre Kiroule ou d’Alain Proviste tandis que d’autres forcenés tentent par divers subterfuges d’alpaguer le touriste égaré qui, il le sait bien, ne négociera pas trop le prix de sa course, pressé qu’il est de se retrouver au froid dans une chambre d’hôtel climatisée. Douillettement installés à l’arrière d’un taxi piloté par un Fernando survolté, c’est ainsi que nous avons découvert les premiers instants d’une Lima nocturne bouillonnante, piétinée sans relâche par des bolides qui arrachent à coups de klaxons et d’accélérations poussives, toutes les priorités possibles. Ce chaos routier aurait presque pu nous faire rebrousser chemin et monter dans le premier coucou venu, mais à côté des sueurs ressenties sur les routes indiennes ou indonésiennes qui nous avaient arraché quelques « Notre Père », c’est une promenade de santé avec un chihuahua dans un parc de maison de retraite.

bus

                 Chaque arrivée sur un nouveau territoire apporte inévitablement son lot d’émotions : seul avec son sac vert pomme comme seul repère, le premier réflexe de survie est de rejoindre un toit, premier d’une longue série incalculable de maisons de passage. Notre cerveau emmagasine des flots continus de nouvelles informations, nos sens s’éveillent à d’inédites effluves, de bruits plus ou moins familiers et notre profonde joie d’être largués à l’autre bout du globe l’emporte sur la fatigue qui nous joue pourtant quelques tours pour le moins cocasses. En Australie, par exemple, pas peu fière de maîtriser un perfect english, je feins de comprendre le baragouinage de notre chauffeur de taxi pour impressionner mon compagnon et m’installe sans broncher et en souriant de toutes mes dents… devant les pédales et le volant de la voiture. Autant vous dire que j’ai dégringolé d’un coup d’un seul en crédibilité, surtout qu’il m’a fallu quelques bonnes secondes pour réaliser la raison de la tête d’incrédulité la plus totale de mon compère. Franchement, quelle idée de foutre le volant à droite ! En Nouvelle-Zélande, c’est pour retrouver notre studio à Auckland que nous avons connu des difficultés certaines. Il faut dire que mon sens de l’orientation n’a jamais été bien développé, même avec une boussole et qu’en plus de cela, on ne pouvait guère compter à l’époque sur les compétences linguistiques de mon condisciple qui avait eu le malheur d’apprendre les rudiments d’anglais en Australie et ça, ça ne pardonne pas ! Impliquée dans lekiwi futur road trip, j’avais pourtant regardé comme tout voyageur qui se respecte la trilogie du « Seigneur des Anneaux » tout à la suite et sans publicité pour le yaourt Danone ! Mais point de Gandalfe à l’horizon pour nous montrer le chemin et nous barrer les mauvaises pistes de son tonitruant « YOU SHALL NOT PASS », bien connu de tous les geeks de Frodon. C’est finalement le smartphone magique, et non le bâton, d’un travailleur de la ville qui nous avait sauvés de ce cette terre du milieu. Légèrement moins épique.

            marche En 2012, à Kuala Lumpur, ville-escale de Malaisie prisée de tous les baroudeurs de l’Orient, nous passons la journée, légèrement déracinés entre la Nouvelle-Zélande et la Thaïlande, à déambuler dans les marchés affriolants où contrefaçons de lunettes Calvin Kein et de sacs à main haute-couture côtoient des stands de vêtements bon marché incrustés entre deux comptoirs où poulets plumés pendouillent tandis qu’émanent de plats fumants des arômes parfumés d’un curry aux crevettes d’une fraîcheur pas toujours très catholique. C’est dans cet amas de saveurs visuelles et olfactives que j’y tiens la conversation la plus surréaliste avec un jeune garçon de 11 ans, en partance pour le Vietnam avec ses parents. En bonne samaritaine que je suis, je demande à l’ingénu garçonnet le sport qu’il pratique, m’attendant sans grande surprise à entendre fuser le tennis, le foot ou les castagnettes, lorsqu’il me répond l’escrime, un sport que je ne connais que grâce à Marie-Jo Pérec, qui est apparemment championne d’athlétisme, ce qui veut tout dire. Voulant garder une certaine contenance, je m’enquiers poliment pour savoir s’il gagne souvent, une question d’une rare stupidité pour le jouvenceau planté devant moi, qui me rétorque, du haut de ses 11 printemps : « cela dépend, définissez ce que vous entendez par gagner, et je pourrais vous dire si je gagne beaucoup ! » Ca vous en bouche un coin, n’est-ce point ? Devant le niveau neurologique de cet enfant qui, à l’heure où ses camarades de classe rêvent de pulvériser le record à Pokemon Go, souhaite voir le Vietnam pour y observer les traces ineffables de la guerre, je me suis sentie bien plus perdue que lorsque par moins 17 degrés, je suis arrivée à Donetsk, dans cette ville ukrainienne où je ne savais différencier la boucherie de la pharmacie. Autant vous avouer sans risquer de confesser un autre mystère impénétrable, que je n’ai pas pu feindre bien longtemps de m’y connaître en fleuret.

                      Les premiers pas dans ce nouveau territoire tant convoité sont toujours indianmarqués par de menues hésitations, que l’on ait vu de nombreuses photos sur les futurs lieux de pérégrinations, que l’on ait rendez-vous avec le propriétaire d’une guesthouse, que l’on connaisse la cacophonie qui règne inévitablement aux alentours d’un aéroport, que l’on sache quelle ligne de bus prendre… On suit avec foi les panneaux, on scrute les informations recherchées, on s’agrippe à son backpack, on dit non à des chauffeurs qui nous paraissent chelous et oui à d’autres qui nous semblent plus sûrs, en faisant confiance à notre intuition, arme puissante du baroudeur, on sourit devant des petits riens qui montrent que l’aventure débute enfin, face à un tuk tuk enragé qui se faufile dans la circulation pour se garer à nos pieds, on refrène notre envie de faire une roulade et on se presse fort les mains, toute l’incertitude sur les semaines à venir s’abat sur nous et on s’en moque comme de l’an quarante et de l’an tonnoir, on savoure cet instant de pure adrénaline : on est repartis sur la route !

                   Ainsi, je vous laisse sur cette petite ode aux petons que j’espère vous avez appréciée, entre deux barres de rigolade dans la débâcle des primaires. Je vous avais promis la semaine dernière de donner la réponse à mon petit test de primaire justement, pour rester dans la guignolade, mais à l’heure où l’orthographe veut être toujours plus simplifié pour massifier la masse, inutile de vous rappeler des exceptions, qui n’en seront sûrement plus, d’ici quelques années ! Alors, à dimanche prochain pour le post surprise élu par vous public et… futurs caillous et chous, d’avance pardonnez-nous !

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