Le chat-pitre-7, ou l’entourloupe

            Terriens, terriennes, martiens, martiennes, l’heure n’est plus à la gaudriole, à la boutade, à la farce et attrape, je vous avais promis de céder à vos requêtes de lecteurs exigeants et d’écrire un article sur un sujet qui vous touchait particulièrement, mais au vu des conditions burlesques d’écriture de ce post, je me dois d’en faire autrement. N’ayant eu guère le temps -affreuses circonstances- de travailler la rédaction de ce dernier chat-pitre, me voici, dimanche 4 décembre, dans une voiture blindée du coffre au toit, les pieds piégés entre les sacs-à-main et à-dos, le cul quasiment posé sur de frêles chocolatines et les genoux monopolisés par mon présent ordinateur qui ne se doute absolument pas de l’inconfort que je suis en train de vivre. Qu’on dise chocolatine ou pain au chocolat n’est point le propos et je n’entrerai pas dans cette guérilla régionale, sachant que c’est nous qu’on a raison d’abord, une affirmation qu’on pourrait sans doute trouver dans une autobiographie de joueur de foot.

          trip-australia-sousou-titou-179Cela m’a donc catapultée quelques semaines auparavant où je me suis retrouvée, perdue dans le wild canadien à la tombée de la nuit, les jambes bloquées par la glacière, à préparer à l’impromptu un guacamole sur le siège passager, en me tordant à chaque fois pour récupérer le couteau, le sel, le poivre, la fourchette, que sais-je, dans les caisses à l’arrière de notre voiture aménagée tandis que mon compagnon fulminait pour trouver un endroit envisageable pour y passer la nuit. Les joies de la vie en van sont impénétrables et bien avant d’atteindre ce nirvana paroxysmique, le chemin est plus ou moins long pour dégoter le van qui nous servira de maison pour les mois à venir sans ruiner notre pécule de départ. En Australie, par exemple, inexpérimentés baroudeurs que nous étions, nous avions mis bien quelques jours avant de dénicher notre pépite à quatre roues qui allait nous transporter jusque de l’autre côté de Perth. Il faut reconnaître que les offres ne couraient pas les rues de Cairns, et que ce n’est qu’au moment où l’on s’apprêtait à perdre la foi que nous avons repéré sur une affiche salvatrice détaillant Obélix, notre futur compagnon de route, un joli mais coquin Toyota Hiace. Oui, notre van avait hérité d’un joli petit nom -une sombre histoire de potion magique- que j’expliciterai dans un article prochain consacré aux galères mécaniques. Mais l’on s’éparpille chenapans, revenons à nos kangourous ! Notre premier bébé véhiculaire avait ainsi jailli de l’obscurité et disposait de tout ce dont rêve le futur roadtripeur : un lit et sa panoplie de coussins, tout plein trip-australia-sousou-titou-188
de rangements dessous, de l’argenterie en plastique, une étagère pour ranger le thon en boîte et autre délices gustatifs, une balayette pour les jours de profond ennui ou de grand nettoyage de printemps (ce qui revient au même), un camping gaz pour cuisiner un bon bœuf bourguignon sans bœuf ni bourguignon et -volupté suprême !- une douche solaire, gage d’une hygiène assurée même en plein bush!

  trip-australia-sousou-titou-178 Quelle indicible joie quand, une fois l’administratif et les questions pécuniaires réglés en un quart de tour et un tour de main, nous tournons les clés dans le contact, nous faisons vrombir le moteur et que nous entamons notre première expédition dans le Nord australien. Bon, une semaine après, Obélix tombait déjà en panne le saligaud, mais ceci est encore une autre histoire que je conterai plus tard. L’année suivante, en Nouvelle-Zélande, les vans ne foisonnant pas vraiment, nous nous étions rabattus sur l’idée de nous procurer un break et de l’aménager nous-mêmes, enhardis à l’époque par notre expérience télévisuelle auprès de Valérie Damidot ou de Mac Gyver qui arrivait avec un seul lacet à construire une tente deux places, un exploit qui certes ne nous était pas forcément utile en ce temps-là, mais qui méritait d’être encensé ici-bas. La première voiture sur laquelle nous avions jeté notre dévolu affichait un prix des plus alléchants de 1300 $ et nous avions alors eu droit à un rendez-vous donné en sous-sol de supermarché, et les vendeurs auraient été cagoulés que je n’en aurais pas été surprise. Ne vous méprenez pas, l’atmosphère était au départ d’une extrême cordialité, à échanger sur nos parcours respectifs, à hocher de la tête et à sourire largement, une tentative oiseuse de noyer le poisson, qui ne parvint pas à harponner mon compagnon qui n’est pas loin s’en faut,  une vulgaire sardine ! En effet, je le revois fureter d’un air suspicieux sous l’œil légèrement agacé de nos revendeurs et enclencher alors un virulent débat en français avec moi-même qui possède autant de jugeote dans le choix d’une voiture que devant une boîte de haricots verts : bien sûr qu’on la prend, c’est un super good price ! Les légumes sont peut-être un peu trop mous pour être bien frais, ça n’a point d’importance, ils ne sont pas chers ! Les haricots sont peut-être un peu trop verts pour être vrais, ça m’est égal, ils sont dans le budget ! Quelle pertinence dans la métaphore mécanique, n’est-ce pas ? Finalité de cette argumentation aérienne, la conversation tourna soudain au vinaigre, quand les Japonais nous réclamèrent un deposit et que mon partenaire fit claquer un NON franc et massif dans un anglais impeccable, pourtant encore à ses balbutiements. Militante de la paix dans l’univers, j’ai bien essayé de OLYMPUS DIGITAL CAMERAmettre un peu de beurre dans les épinards, ou du soja dans le vermicelle, devant cette impasse négociatrice. En vain. Nous quittâmes cet endroit infâme, l’âme en peine. On trouva deux jours plus tard notre voiture, une rutilante Chariot rouge, répondant au doux nom d’Overdrix, suite à une défaillance technologique, que j’évoquerai dans un futur futuriste.

           OLYMPUS DIGITAL CAMERA Pourtant, tout était encore à faire pour ce deuxième véhicule non équipé, et , devant un budget serré, tous nos neurones les plus créatifs ont été vivement mobilisés pour l’aménager en endroit relativement habitable pour abriter nos bobines, notre attirail de cuisiniers, la planche de surf et ma guitare. Et c’est comme ça, que, de planches en bois, de clous, de scies et de marteaux est né notre petit lit plutôt douillet et que, de polaires à la gloire des All Blacks se sont taillés des rideaux opaques attachés sur des baguettes pour instaurer une certaine intimité. Et je peux dire qu’on était fiers de notre cocon roulant ! Enfin, sauf au réveil, quand mon grand dadet de comparse devait plier tête et jambes pour s’extirper du véhicule et qu’on y laissait quelques douleurs lombaires sur un matelas un peu rustique pour nos pauvres corps errants. L’été dernier, notre dernier van en date, acheté au Canada, nous a au moins  épargnés la sueur de la réflexion intensive puisqu’il était déjà aménagé à notre achat mais là encore, nous avons essuyé quelques déconvenues avant l’acquisition de Goudurix, un petit sobriquet donné à notre Dodge caravan, pour des raisons que j’expliciterai ultérieurement. Une première fois, on s’est en effet tapés une sympathique heure de transport pour se retrouver en banlieue montréalaise, devant des pavillons désertés et désertiques pour un rendez-vous manqué avec un des potentiels dsc_0818acheteurs. Le lendemain, on s’est frottés à un menu fricoteur, un vilain combinard de car-dealer déguisé qui, pour passer pour un particulier vendant sa propre voiture, donne  une adresse dans un quartier qui n’est pas le sien. Rusée astuce du margoulin vite déjouée, rassurez-vous, on n’est pas des pigeons, mais des voyageurs ! Enfin, un autre jour, au moment de partir essayer un énième mini-van, mon partenaire a gaiement reculé dans la voiture garée juste derrière, sous le regard ébahi d’une Française québecoisée : eh ben alors monsieur ? On veut traverser tout le pays et on n’arrive pas à sortir de sa place de parking ?

            Et c’est comme cela qu’ont démarré chacun de nos périples à travers les pays. Des tâtonnements sur la fiabilité du véhicule, des hésitations sur la démarche à suivre, des coups de téléphone perdus, de l’excitation, de la frustration aussi, du soulagement surtout avant de s’embarquer pour l’inconnu à bord de nos vans aux sonorités fortement gauloisées. Au fil du temps et des diverses pannes rencontrées par chacun de nos vans sans exception, mon allié a pu élargir sa panoplie de connaissances mécaniques, le rendant toujours plus méfiant tandis que moi, véritable passoire en cette matière-là, je continue à me baser sur mon intuition féminine, le prix de la voiture, et surtout sa couleur. Sur cette confession ultime sur mon innocence véhiculaire, je vous laisse en assurant que la semaine prochaine, l’article sortira à temps et parlera des rencontres, comme promis, à moins que le sujet des galères mécaniques  ne revienne me titiller la plume. Lecteurs étanches, à dimanche !

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