Le chat-pitre 8, ou les rencontres

            Finally ! Après un premier retard dans la publication du post qui n’a visiblement perturbé qu’une seule de mes fans hebdomadaires -notoriété cybernautique, où te caches-tu donc?- je rédige le chat-pitre tant attendu réclamé par plusieurs lectrices assidues que je compte fièrement sur les doigts d’une main. Enfin, du moins celle d’un lépreux  car ne nous emballons pas non plus, l’univers de la toile est impitoyable. Gouvernés par les clics et les claques, les followers et les hollowers, les images chic et les titres choc, les blogs doivent se démener comme des diablotins pour se trouver une place parmi le déferlement d’articles racoleurs, de publications ronflantes, de publicités envahissantes ou encore de statuts insipides qui pullulent tous les jours sur les réseaux sociaux. Alors, au lieu de vous parler de ces rencontres virtuelles qui n’aboutissent pas toujours, je vais vous présenter quelques une de celles qui ont rendu nos différentes pérégrinations, inoubliables.

           n1519863522_132612_4659Car, au-delà de la beauté et de l’immensité d’un paysage, au-delà des instants d’harmonisation avec la nature et le monde qui nous entoure, au-delà même de l’évasion et du dépaysement culturel ou sensoriel, c’est la rencontre avec l’Autre qui marque de son empreinte indélébile chaque passage, et chaque bribe de voyage. Comme l’a si bien déclaré l’écrivaine Alexandra David Neel avec ô quelle justesse : « voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer ». Certains endroits que j’ai visités ou dans lesquels j’ai vécus seront ainsi continuellement marqués par les personnes que j’ai eu la chance de rencontrer, que ce soit à l’improviste ou via mon travail, ou mes études. Enfin, si on peut appeler en ces derniers termes mon semestre Erasmus où j’ai bien plus analysé les dégâts substantiels de la boisson alcoolisée sur le cerveau estudiantin que les délires fatals qui ont drapé de mystère la mort d’Edgar Allan Poe. L’un n’étant pas sans rapport avec l’autre, remarquez, puisque comme tout un chacun sait, cet incroyable auteur plongeait de son temps dans les affres de l’ivresse. Mais vous n’avez pas cliqué sur ce lien pour connaître la vie dévergondée de Mr Poe, fort passionnante au demeurant. C’est un fait, de nos jours, avec le développement des sites comme Airbnb, couchsurfing, workaway ou woofing, il est devenu très facile de partager des instants de vie avec des compatriotes de la terre entière, ce dont je vous ferai part dans un nouveau post.

                trip-australia-sousou-titou-755 Il subsiste cependant toujours des rencontres fortuites, hasardeuses, sur une plage délaissée, dans un bus craquelé, dans une ruelle étriquée ou bien autour d’un lac sacré qui ne durent qu’un court instant, qui vous transportent, qui s’imprègnent dans un coin de votre esprit et qui ne vous lâcheront jamais, ni la grappe ni les baskets, deux expressions qui ne se déclament plus en 2016 depuis belle lurette, une autre formule obsolète qui prouve encore qu’il serait temps de moderniser mon langage, « ouaich ! » Un début vraiment prometteur pour l’intercompréhension des générations. Pourtant, parler deux langues complètement distinctes n’empêche pas forcément d’échanger des temps forts. Ainsi, j’associerai toujours la merveilleuse île de Bali à cette superbe petite fille rencontrée à la tombée du jour, sur une plage grisâtre et rocailleuse dont je ne me rappelle plus le  nom, dominée par l’imposant volcan, le Mont Agung. Pendant un laps de temps où ni heure ni minute ne comptent, nous avons joué tous les trois à lancer des pierres et à ricocheter  d’intrépides cailloux, sous les yeux émerveillés de cette petite Balinaise dont je n’oublierai jamais le prénom, seul mot qui a su transpercer nos barrières, Maddie. Les enfants ont toujours cette facilité d’aller à l’essentiel, sans se poser beaucoup des questions que nous trip-australia-sousou-titou-756nous posons et imposons parfois, étant adultes. Toujours à Bali, à Air Sanih, dans le nord, c’est grâce encore à un enfant que nous avions fait la connaissance de Mowgli. Après un bain tout habillés dans les superbes « cold springs » de l’île, nous avions cédé à un masseur ambulant qui nous avait littéralement suppliés pour cause de « no good business » de nous acheter au moins une noix de coco « pliiiiiiiise » que nous avons naturellement partagée avec un jeune garçon sourd qui se trouvait dans les parages et qui, timidement au départ, goulûment ensuite slurpait avec plaisir ce fruit décroché de son arbre par notre apprenti masseur transformé en cocotier man en une nanoseconde.

          trip-australia-sousou-titou-872Visiblement touché par notre geste, Mowgli, un local, s’était alors approché de nous et sans comprendre comment ni pourquoi, nous nous étions retrouvés une heure après dans sa modeste chambre (composée d’un toit, quatre murs, un matelas, trois photos et des dominos) à boire le thé avec sa grand-mère, discuter tatouages et pêche mouvementée. Nous aurions eu plus de temps sur l’île qu’il nous aurait laissé son matelas pour nous héberger, emmené pêcher ou observer les dauphins et même présenté sa sœur, la meilleure cuisinière balinaise, selon lui. La découverte de tant de simplicité et de générosité sur cette île pourtant -soyons francs- ultra touristique où même sur un scooter à un feu rouge, on te propose de louer une deuxième ptrip-australia-sousou-titou-877étrolette dont tu n’as visiblement nul besoin, fait de cette après-midi intimiste un instant mémorable, un de ces moments qui poussent à toujours voyager plus, pour saisir cette fulgurance et cette intensité de la rencontre. Mais, au fil des pays que nous avons parcourus depuis Maddie et Mowgli et des témoignages que nous avons entendus d’autres explorateurs parfois même plus fous que nous, nous pouvons assurer sans craindre de se tromper, que la générosité se trouve réellement partout pour celui qui s’ouvre à l’autre et qui délaisse le repli sur soi préconisé par toutes les désinformations qui nous enserrent et nous embastillent l’esprit.

         trip-australia-sousou-titou-504A Avalon Beach, en Australie, observant paisiblement la mer qui se défoule sous nos yeux apaisés depuis notre promontoire, nous entamons une discussion amicale avec un couple d’Australiens, autour de la cinquantaine, déjeunant tranquillement devant leur camping-car. Après une bonne heure d’échanges seulement, nous aurons rendez-vous le mercredi suivant pour que Chris passionné de surf, nous enseigne les rudiments du sport, proposant ses planches, son temps, et surtout beaucoup de patience et d’abnégation, un dernier mot que je m’étais défiée de glisser insidieusement dans ce chat-pitre. Angela et Chris, ce charmant couple, aura ainsi sans le savoir, déclenché la frénésie surfistique de mon comparse qui m’obligera des années plus tard à lui dégoter trip-australia-sousou-titou-522une montre « aquatique » pour lui rappeler parfois que sa dulcinée est en train de se cramer le museau tandis qu’il repart à la rame, à l’assaut d’une énième vague. « Grâce » à eux, mon vocabulaire se sera développé et de nouveaux noms inconnus tels que « swell » « take-off » « cut back » « on shore » ou « point break » apparaîtront subtilement pendant nos repas en tête-à-tête entre deux mâchouillages de salade et de céleri-rave …

        Parler de toutes ces rencontres sur les routes prendrait bien plus de temps qu’aller zyeuter sur le dictionnaire la traduction de ces termes profanes et nécessiteraidsc_1646t sans doute un livre et encore ! Je ne suis même pas sûre que mes mots seraient à la hauteur du ressenti émotionnel de ces entrevues éphémères… Car même si certaines amitiés sont nées et perdurent dans le temps, malgré les kilomètres qui séparent, d’autres ne résistent pas à l’usure de la distance mais restent toujours joliment serties dans leur écrin de souvenirs, pour nous faire sourire les jours de légère nostalgie. Des rigolades d’enfants découvrant leurs visages sur l’écran numérique, des shooters de rhum avec un voyageur esseulé, un pique-nique partagé pour le soir de Noël, un spectacle improvisé avec guitare et Shakira à la clé, un air de musique joué par des troubadours…

            La liste serait longue, alors, plutôt que de continuer à vous enquiquiner, je vous renvoie à deux solutions pour mieux saisir ce que j’essaie de vous dire : soit, aller feuilleter des livres d’explorateurs aguerris comme cette extraordinaire Alexandra David Neel, soit aller vous-même découvrir de quoi notre monde est fait… En fait, trois solutions : soit, continuer à suivre mes petites bribes de vagabonde farfelue et fière de l’être ! Bon dimanche à tous, mes ptits mousses.

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