Le chat-pitre-10, ou Noël en voyage…

               En ces heures insouciantes qui régissent notre journée sous le diktat traditionnel le plus rigide, pendant une micro pause gastrique nécessaire entre le poulet, le chapon, la dinde, la poulette, le saumon fumé-toasté-grillé-pané-poêlé-rissolé-poché-glacé, le gras foie, les haricots verts (et pas les zaricots nom d’une pipe en bois de Boulogne), la garbure, la coquille St Jacques ou St Jean-Pied-de-Port, les escargots et les truffes, je vais conter ici non pas le récit de la Nativité comme vous l’espériez, mais plutôt quelques bribes des cocasses célébrations de Noël que nous avons vécues à l’étranger. Car bien sûr, même si rien ne vaut le bonheur d’un festin partagé entre amis et en famille chez soi, l’avantage à l’étranger, c’est qu’on évite de devoir communiquer avec la truffe justement qui se trouve à notre droite ou notre gauche alors qu’on n’a qu’une seule envie : dépaqueter ces satanés cadeaux ! Jésus, les bergers, la crèche et le miracle de la vie, tout n’est que mascarade, c’est bien connu, nous ce qu’on attend, grands et petits, c’est l’arrivée du gros bonhomme rouge tant plébiscité par Coca-Cola, qui a tout compris à notre système neurologique et au système capitaliste tout court.

                      n1519863522_132618_2540Depuis 2008 en effet, je ne compte plus beaucoup de Noëls passés dans ma terre natale, dans mon territoire natif, dans mon terrain national. Le premier 24 décembre passé à l’étranger pourrait paraître pathétique couché sur du papier, et pourtant, c’était une explosion d’émotions et de rires, à deux, à Nottingham, dans ma maison vidée de mes colocs pour l’occasion, avec pour seul sapin une plante basilic morte affublée de deux tristes boules rouges pour marquer le coup et  d’une guirlande trop lourde pour ses deux feuilles restantes. Du champagne, nous n’avions que les timides bulles d’un vin blanc pétillant trouvé sur le dernier rayon du bas du supermarché Sainsbury, que nous avions sublimement accompagné d’une raffinée mousse de canard premier prix… La bière et le vin avaient dû faire effet car touten1519863522_132619_5647 la maisonnée de deux intrépides habitants s’était soudainement embrasée et avait réveillé la Beyoncé qui sommeille bien profondément en moi pour finir à danser comme des démons de minuit sur tous les clips qui passaient sur le câble anglais ! Comme quoi, rien ne sert de se ruiner pour s’amuser. Ni d’être nombreux, juste deux.

australie-titou-270        En 2009, en Australie, nous avions doublé –incredible but true !- notre nombre de convives. Perdus et bloqués à Townsville pour une idiote histoire de joint de culasse, nous avions non seulement eu le plaisir de rencontrer un autre couple de Français en van mais aussi celui de profiter en plein air d’une programmation déjantée en l’honneur du Christ avec magicien, illustrateur, pop idole australienne inconnue et chants traditionnels version rock. Je peux vous dire que « Joy to the world, the Lord has come » sur de la guitare électrique, ça dépote et ça décoiffe même mes cheveux peroxydés de l’époque ! Pour fêter la venue du seigneur, nous avions donc presque fait un crédit et acheté une bouteille de whisky plus un paquet de 9 Ferreros, qui créerait dans la soirée une querelle exponentielle pour désigner qui, de nous quatre, aurait droit à un rocher supplémentaire. Ah, l’esprit de Noël… Plus vraiment habitués à boire un alcool de cette trempe, nous avions fini sans manger, le nez rouge et rougi, à danser une nouvelle fois comme ces fantômes de l’ennui, sur un pathétique parking, sur trip-australia-sousou-titou-229le fond de radio qu’un Australien atterri devant notre glacière on ne sait pourquoi, laissait s’échapper de sa bagnole. Le lendemain, pour rattraper l’odieux oubli de la veille, nous avions quand même réalisé un vrai repas noëlistique, par terre, sur le même parking : des fusilli au basilic ! Le seigneur est bon, amen. Comme quoi, nul besoin d’un grand cru, juste d’une cheap bouteille de whisky, et des amis.
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                    OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn Nouvelle-Zélande, deux ans plus tard, sans doute passionnés par l’étude de ces Noëls rafistolés, nous avions réitéré l’expérience d’être à l’étranger pour célébrer l’arrivée du nouveau-né. En pleine semaine de Woofing, le chouette concept que j’ai déjà évoqué mais que – patience les chatons !- j’expliquerai dans un véritable prochain article, nous nous étions retrouvés une dizaine de voyageurs de Suède, des Etats-Unis, de République tchèque et de France autour d’un festin magnifique composé de légumes, de deux gigantesques poulets farcis, de biscuits secs sur une immense table où trônait, plus trop fièrement, Astrid, le jambon de la ferme, qui n’était plus que l’ombre d’un cochon. Pour le coup, on avait rattrapé tous nos Noëls foireux des années précédentes ! Notre hôte avait même déniché des oursins et du homard pour parachever le tout ! Et c’est après avoir cédé à la tradition et pété nos crackers, nos têtes couvertes d’une couronne en plastique verdâtre que nous nous sommes tous approchés du moment fatidique de la remise des cadeaux. Pour que tout le monde ait la joie inestimable et inestimée de recevoir un paquet, malgré les kilomètres loin du foyer, la règle ultime à ne pas déroger était de ne pas acheter un cadeau de plus de 2 dollars et de le déposer sur la table, afin que l’on pioche au hasard ses présents. C’est ainsi que mon heureux compagne avait hérité de menottes, et moi, coquin hasard, d’un set de scotch ! Une des woofeuses, suivant la tradition suédoise, avait même inscrit sur chaque cadeau préparé, un petit poème humoristique tandis qu’une de nos comparses tchèques nous apprenait qu’en son pays, le cadeau doit correspondre à l’initiale de son prénom.

                 Et nous voilà donc lancés à tue-tête à la ronde pour s’envoyer des idées de cadeaux imaginaires à chacun, et en riant, nous apprécions tous le fait de ne pas avoir instauré cette autre tradition plus tôt car j’aurais écopé de sausages (saucisses), de socks (chaussettes) et de seafood (fruits de mer) tandis que mon compagnon lui, se voyait offrir des Ciseaux pour couper les épines d’un Cactus enfoncées dans la patte d’un Chat. (Chisels-cactus-cat). Obligée je fus ici, de traduire les mots en question, non que je doutasse de votre niveau linguistique mais dans la crainte que la blague ne perdisse de sa saveur savoureuse. Notre admirable hôte, de son côté avait conspiré pour nous offrir à tous un chapeau de cow-boy pour un rodéo à venir alors que nous nous étions creusé la tête avec mon complice pour créer un petit jeu rigolo pour la distribution tant attendue : chaque mini cadeau était associé à un trait particulier de chaque woofer et celui qui le recevait, devait deviner si c’était bien le sien, ou celui d’un autre… Là encore, pas besoin d’acheter le dernier Willy Waller 2050 pour passer des fêtes incroyables : le tour peut être joué avec une friendly atmosphere et quelques ballons gonflables…

                  Depuis, nous avons alterné entre Noëls à l’étranger et chez nous en famille avec toutes les victuailles, les ripailles, les cochonnailles, la charcutaille, les cailles, les canailles et la moutarde maille que cela implique… Mais comme entre-temps, nous sommes passés du côté obscur, (ou clair, question de point de vue) de la force du végétarisme, plus personne hélas ! ne nous convie guère à leur tablée, nous autres pauvres baladins… Je plaisante bien entendu, on peut être végétarien et faire de l’humour, ça n’est pas incompatible : quelles que soient les convictions de chacun, rien n’enlèvera le plaisir d’être ensemble et de partager un joyeux moment dans la cacophonie la plus totale. Pour moi, en fait, l’esprit de Noël, c’est se retrouver, c’est être avec ceux qu’on aime, rire à gorge déployée et boire quelques coups de trop, échanger des bêtises ou chanter un peu faux, peu importe en vérité les cadeaux qui gisent au pied du sapin. Alors, pour clôturer cet ingénu chat-pitre, je vous souhaite à vous mes petits lutins du dimanche, où que vous soyez, devant une cheminée, sur une jetée, sous un ciel étoilé ou en train de se les peler, non pas d’être gâtés, mais juste bien entourés car certains n’ont plus cette chance-là. Putain de Joyeux Noël à tous !

            Et à ceux qui ont trouvé le temps des verbes soulignés, je vous offre en plus de ma reconnaissance éternelle pour la lecture de ce blogiblog, mon plus grand respect !

wanted-cat

2 réflexions sur “Le chat-pitre-10, ou Noël en voyage…

  1. Noël à l’arrache,Noël au bout du monde, c’est toujours Noël….
    Quant à la pauvre Astrid, ré-écouter d’urgence l’album d’Odeurs  » 1980, no sex  » – pur chef-d’oeuvre d’humour décalé – une chanson géniale lui est dédiée…

    Aimé par 1 personne

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