Le chat-pitre-11, ou le 31 décembre à l’autre bout du bout du monde

       En cette nouvelle année qui débute, sous les cotillons et le soulagement le plus palpable de quitter cette foutue année 2016, il est temps de faire ses adieux à une cuvée two thousand sixteen qui n’a pas été des plus reluisantes, comme tout habitant disposant d’une connectique cybernautique sait… Amir a remporté le titre de révélation francophone de l’année aux NRJ Music Awards, Camping et les Visiteurs ont osé remettre un couvert archi réchauffé, Hanouna gagne toujours plus de fanzouzes, le concept Mariés au premier regard a vu le jour, et je ne parle pas du dernier clip de Nicki Minaj. Tout part à vau-l’eau, vous dis-je, alors pour oublier cette nuée de catastrophes cathartiques, nous allons aujourd’hui nous téléporter -étrange coïncidence- en ces soirées de réveillon qui, selon les pays, suivent des traditions plus ou moins loufoques pour passer d’une année à l’autre !

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         En effet, en Espagne, la coutume serait de manger un grain de raisin à chaque coup de minuit pour assurer l’abondance toute l’année tandis qu’au Chili, c’est sur une plâtrée de lentilles qu’il faudrait se ruer. Au Vénézuela, on mettrait des culottes et des slips jaunes le jour J pour attirer la chance tandis que les Argentins se jettent sur le rose pour espérer rentrer moins seuls qu’à l’arrivée… En Russie, on savoure la salade Oliviangleterreer qui déborde de mayonnaise alors que les feux d’artifice illuminent les cieux des grands toits du monde et que quelques fêlés Français vont se peler le jonc dans le bain de mer à Fécamp…

      Mais, en voyage, point de serpentins et de chapeaux pointus turlututu, on oublie le gui, le baiser et toute la branche et pis aussi le barda de bonnes résolutions qui vont avec ! Franchement, en plus pour proclamer à 23h50, à son paroxysme alcoolémique -mais avec la plus grande ferveur !- qu’on va arrêter l’alcool et adopter un mode de vie plus sain, puis se resservir une lichette de vinasse et rajouter de la crème anglaise sur une bûche aux dix chocolats à 1h du mat ! Pour la crédibilité, on repassera !

       Mon premier nouvel an à l’étranger était à Londres. Non, suis-je sotte, c’était à Salou, en Espagne, dans le froid de notre voiture de l’époque garée dans une rue assombrie pas trop loin du parc d’attractions Portaventura… Sacrée soirée, comment l’oublier ! Tous les restos étaient fermés, même ce con de Macdo : on avait fini par se rabattre sur deux tartines desséchées dans un bar à poches et par s’endormir à 22h à l’arrière de notre caisse, sans avoir pu ouvrir la bouteille de vin achetée pour l’occasion car on avait oublié le tire-bouchons… Alors, quand deux ans après, « étudiant » en Angleterre on s’était décidés à aller à la capitale pour célébrer le 31, je trépignais d’impatience : pour moi, célébrer le Nouvel An à Londres, c’était dans mon doux esprit rêveur d’erasmusienne une ambiance so british, une masse dégingandée rassemblée autour de Big Ben, attendant dans la liesse et les effluves houblonnées les magnifiques douze coups de Minuit sonnés triomphalement par l’emblématique tour du palais de Westminster… Que nenni ! On s’est retrouvés avec mes compagnons à bouffer un vieux hot-dog dans un kebab puis à errer inlassablement dans les quartiers peu fréquentés et fréquentables en attendant qu’on nous file par SMS l’adresse d’une fête secrète pour le réveillon… un mystère si bien gardé qu’on ne trouvera jamais l’endroit en question ! On finira finalement une bouteille de whisky à la main -ouf !-, chez des inconnus, à regarder Big Ben gronder et big-benexploser de couleurs sur la chaîne locale, à se faire souhaiter des fucking happy new year par des personnes que je ne reverrai jamais de ma vie, avant d’atterrir dans une sorte de hangar paumé, complètement chiffonnés, soyons francs ! J’aurais presque eu envie de déclarer que c’était un de mes réveillons les plus dézingués s’il n’y avait pas eu celui passé en Inde avec nos amis d’Ahmedabad. Londres 2008, tu restes tout de même dans mon top three.

       Habitant le Gujarat, l’état de Gandhi où l’alcool est prohibé, nos compagnons avaient donc décidé qu’on passerait le réveillon de la Saint-Sylvestre là où tous les excès sont permis : Goa, une sorte d’Ibiza du pays… Nous nous étions tous entassés pour l’occasion dans deux appartements prêtés par un ami du cousin d’un camarade du mari de mon amie. Et taratatouille, une vingtaine de jeunes qui se préparent pour la célébration de la nouvelle année, c’est le bordel assuré ! Il fallait voir ce remue-ménage au retour d’une virée à la plage, parmi ce flot de parfums, de va-et-vient, de « qui a pris mon gel-douche« , de la variante »qui va à la douche », de claquements de portes, de bières décapsulées, d’affaires éparpillées, une véritable organisation désorganisée pour que chacun ait droit à ses 5 minutes de douche obligatoires après cette longue journée ! Et une douche au seau d’eau froide, accroupie sur le sol, après tant d’efforts, ça n’avait pas de prix, c’était mêmeinde-bazat du luxe ! Résultat, 23h, branle-bas de combat dans le pied-à-terre, nous n’avions toujours pas atteint le lieu de la fête ! Nous voilà repartis pour le carnaval organisationnel des scooters pour ramener en deux voyages maximum la totalité des membres de la troupe à travers cette folie humaine submergeant les rues de la ville, et c’est cramponnés à trois sur un scooter, que nous dévalerons les étroites ruelles afin d’arriver sur la plage où un magnifique buffet nous attend depuis deux bonnes heures !

        inde-fete  Mais pour mon amie, l’heure n’est pas à la bonne chère, il faut passer par le rituel de la tequila paf une nouvelle fois, histoire de préparer notre estomac, vide et creux comme un bon emmental, au festin qui s’étale devant nous. Alors qu’on s’apprête à porter à nos bouches affamées quelques-uns des nombreux mets qui composent notre buffet, des explosions retentissent et des lumières jaillissent dans le ciel. Des feux d’artifice ! Par la barbe du barbier, il est déjà minuit ! Le poulet à peine entamé retombe brusquement dans l’assiette, la sauce gicle sur les vêtements neufs achetés à cette occasion, le riz vole par poignées, la musique résonne jusqu’à Delhi et des dizaines d’étreintes se déclenchent… C’est dans une euphorie proche d’une magnitude de 9 sur l’échelle de Richter que nous nous souhaitons pendant une bonne demi-heure, la bonne année ! Amis, amis des amis, cousins, cousins éloignés, par alliance, parfaits inconnus, tout le monde y passe !

        Un moment si intense et incroyable que nous en avons oublié notre faim, une erreur fataaale, comme dirait un certain chanteur sur la route… Cette nuit-là, en effet, les verres coulèrent à flot, tous les invités se désaltérèrent  à la téquila, à la bière, à la vodka reléguant aux oubliettes, l’eau pourtant si précieuse… Les dégâts furent… inévitables et les fous rires, dévastateurs : attouchements volés pendant la minute paparazzi, transmission de jeux de dés alcoolisés bien de chez nous, barmen un peu pressants envers ma cousine, représailles de mon amie auprès de jeunes qui voulaient nous chourer notre piste de dancefloor… Et comme la fête n’était pas déjà complètement déjantée, j’avais, dans un élan de joie sans bornes, rien trouvé de mieux à faire que de bazarder les clés du scooter dans l’herbe où on n’y voyait goutte à 6h du mat pour éviter à ma cousine de prendre le guidon… Accusée vodka, levez-vous !

        Bref, forcément, après un Nouvel an si haut en couleurs, délicat il fut pour les 31telechargement suivants de faire le poids ! J’aurais bien envie de m’attarder un peu plus et de vous en raconter d’autres, comme celui où on a bu de la bière chaude avec un morceau de camembert dans une pauvre chambre à Napier, en NZ mais… pour l’heure, je m’en vais m’offrir une petite sieste récupératrice, couchée aux alentours d’1h30 ce matin, quelle veillée 🙂 ! On dirait que je n’ai plus la fougue de ma prime jeunesse, serait-ce déjà la trentaine qui pointe le bout de son nez ?? Ou le fait que nous n’étions que trois braves pèlerins dans la vallée hier au soir ?? Fis, cette année, je ne ferai résolument pas d’utopiques résolutions, puisque le changement n’a pas besoin d’un 31 décembre pour s’opérer en nous, mais je vous souhaiterai à vous tous, de trouver ce qui vous fait battre le cœur à la chamade et à l’ouvrage et de vous y engouffrer sans retenue ! Point de beaux discours vaporeux, voici les vœux proférés à la radio par Brel en 1968 déjà et qui exprimaient avec sa poésie et son émotion inégalables, tout ce que je vous souhaite pour 2017, afin qu’on oublie les véritables horreurs de 2016, et celles qui entachent déjà la nouvelle année en Turquie. Pensées pour eux et pour nous tous pauvres terriens qui ne lâcherons rien !

« Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable » Brel, Jacques de son prénom.

P.S : en fait, plutôt que de faire un roupillon, je m’en vais faire le tour du pâté de maisons avec ma valise vide car en Colombie,  il paraît que ça promet une année riche en voyages !

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