Le chat-pitre-13, ou la question de l’hygiène

          Adossée à mon coussin, une tasse de thé fumante sur ma table de chevet temporaire, les cheveux emmaillotés sous un masque naturel, le teint frais grâce à ma petite marche sur la neige et ma crème de coco généreusement appliquée, je réalise avec horreur que je n’ai pas écrit une seule ligne de l’article du dimanche alors que selon le calendrier de mon téléphone, seule application disponible de mon quasi smartphone, on est dimanche… en plein après-midi… Stupeur et tremblements ! Comment mon lectorat pourrait-il s’en remettre !?! Vite, il faut trouver une idée de sujet avant que le soleil ne se planque derrière les monts qui me font face et que mon intransigeant partenaire-relecteur ne rentre de son travail sempiternel… Renversant presque mon thé dans ma grandissante panique et mon lit au passage, regardant ma montre pour vérifier le temps de pose de mon masque grâce toujours à mon presque-mais-pas-tout-à-fait-smartphone, un éclair d’inspiration jaillit : et si on parlait justement, comme je l’avais glissé la semaine dernière, de l’hygiène ou du moins, des tentatives d’en maintenir une, en road trip ?

84401186_p

        Il y a des pays ou disons, des climats, qui favorisent dans une certaine mesure le respect de quelques règles pour un maintien d’une propreté corporelle. En effet, lorsqu’on voyage en Australie en van, en suivant les rayons du soleil et les longues côtes  de plages où douches et barbecues sont à la disposition de tous, il est plutôt aisé d’éviter toute décrépitude olfactive sous les aisselles. Quand on se gèle les miches au fin fond de l’Ontario, et que ça fait quand même 3 jours que nos dessous de bras réclament de la clémence et de l’attention, je dois confesser que je préfère signer pour un quatrième jour de diète sanitaire en espérant tomber sur une piscine municipale à la prochaine ville de notre atlas routier ! Dans ces moments-là, les lingettes bébé sont notre bien le plus précieux et signent un rituel… ridicule mais bien huilé ! Inconcevable de se mettre sous la couette sans ce rite du passage ! Nous gardons tout de même une once de dignité… et de respect pour l’autre qui partage déjà bien trop assez d’intimité avec votre personne. Imaginez alors un barbu en train de gigoter sur son siège de conducteur entre le volant et son appui-coude pour décrasser une épaisseur de saleté accumulée pendant la journée et sa compagne se triturant le cerveau et usant de souplesse toute relative grâce à la maîtrise de la posture de la charrue au yoga pour parvenir à se toiletter un minimum sans non plus dévoiler trop de chair car on n’est jamais à l’abri des regards des voisins (quand il y en a !). Vous me remarquerez qu’il serait plus logique que ce soit justement mon fidèle chevalier à la place du passager pour qu’il gagne en espace et en étendue de jambe… Et vous aurez bien raison ! Mais qui a dit que le voyage rendait plus intelligent ? Emile Zola ? Qu’est-ce que l’intelligence de toute façon ? Vous avez deux heures, le temps que je terminasse cet article, et peut-être plus car mon esprit vagabond vagabonde un peu trop en ce dimanche.

dca61726953427472ffbd8eac101150f

       La piscine municipale, disions-nous ? Eh oui, relisez quelques lignes plus haut, pour nous autres gais routards, elle représente un formidable moyen de garder notre esprit sain dans un corps sain ! Au début, on demandait seulement si, moyennant quelques écus, on pouvait profiter du pommeau de douche municipal, causant, selon les employés, un haussement de sourcils incrédules ou des grands sourires d’empathie suite à notre incongrue requête. Mais, dans tous les cas, on avait toujours droit au fameux sésame. Puis après on s’est dit que tant qu’à faire, puisqu’on était devant les bassins, on pourrait tout aussi bien payer l’entrée visiteur et piquer une tête dans l’eau et faire quelques longueurs… Qu’à cela ne tienne, on ressortira toujours tout proprets, prêts à rempiler pour le système lingettes… Et selon, on a pu barboter dans des micro-piscines autour de ribambelles de gamins ou se taper des allers-retours dans des piscines du feu de dieu de compétition avec plongeoir olympique et tout le tralalilalère !  Seul malheur, aux USA, alors que notre astuce vivait ses beaux jours, nous apprenons en poireautant une demi-heure devant l’ouverture d’un bassin municipal que toutes les piscines sont fermées aux visiteurs dès la reprise scolaire ! Quel coup de massue sur la caboche !

telechargement

       Heureusement, nous avons plus d’un tour dans notre sac, et nous pouvons extirper fièrement notre atout douche solaire au nez et à la barbe de ces infâmes institutions qui ferment leurs portes à tous ceux qui ont passé l’âge de la puberté depuis bien longtemps ! La douche solaire est une invention remarquable, tout itinérant le concédera ! Grosse poche mollassonne de vingt litres, reliée à un tuyau rouge de moins d’un mètre, bicolore, un côté transparent, un côté sombre pour attirer la foudre solaire, elle se dégote dans tous les magasins de randonnée et de sport qui se respectent, et même dans les grands mangeurs de surface comme Walmart pour la modique somme de 10 dollars ! Pour une douche solaire achetée, des minutes de plaisir offertes ! Illimitées et sans conditions d’achat particulières ! Vos aisselles sentent le poisson séché : douche solaire ! Vous n’arrivez plus à passer la main dans vos cheveux : douche solaire express ! Vous pensez que vous avez une couche de bronzage mais en fait non, car elle s’enlève en frottant un tantinet fort : douche solaire toujours !!! Il vous faut simplement… de la patience parce qu’elle met trois heures à chauffer en plein jour, de la tolérance parce que parfois elle est plus tiède-froide que chaude et de l’humilité car se doucher sous un arbre dans un camping gratuit, socialement parlant, ça vous fait passer au bas de l’échelle. Et bien sûr, pour les grands athlètes comme mon congénère, une habilité non-négligeable pour la contorsion champêtre… Eh bien, même si on est très loin de la pub Tahiti douche, je peux vous dire qu’elle nous a bien dépannés la petite ! Bon, à part quand on oublie de la mettre à chauffer au moment de prendre la douche, ou quand on bataille à trouver un arbre pas trop bas ni trop haut pour la suspendre et que quand on l’accroche, la branche se pète sur nos tronches, ou encore quand on doit la prendre à moitié froide alors qu’il fait quelques misérables degrés dehors, ou quand on doit se dépêcher de la prendre pour éviter que les voitures ne voient nos lunes, ou qu’on se frictionne dans un cabanon de fortune poussiéreux où trônent des araignées séchées…

dsc_0828

       Et puis quand il pleut, qu’on est au fin fond du seau, qu’on ne trouve rien sur nos routes, pas même un puits, qu’on prend l’odeur de la transpiration pour une nouvelle eau de parfum florale, on abdique lâchement et on s’octroie le petit bonheur de prendre une chambre pour la nuit afin de sentir ruisseler de manière limpide et fluide les eaux d’une douche ni capricieuse, ni ténue, ni glaciale. Mais jamais rien cependant n’atteindra notre niveau de volupté suprême quand on se jette comme des chevaux fous dans les rivières ou les lacs qui bordent notre route et que nous nous ébrouons et nous rinçons à l’eau claire, en accord et en harmonie avec les éléments…  avec bien entendu, des savons respectueux de l’environnement et non nocifs pour nos amis les poissons ! Faut pas pousser, déjà qu’ils se tapent la vue de nos gambettes (et même beaucoup plus) toutes pouilleuses !!!

   dsc_0069

             Et voilà, mission accomplie, toutes ces heures de labeur pour déblatérer sur une douche! Ca promet pour 2017 ! Serais-je aussi inspirée que nos politiciens à la présidentielle ? Mais enfin, le bain a toujours inspiré les auteurs, et constitue de magnifiques métaphores de la vie ! Mais laissons les citations littéraires pour terminer ce nouveau chat-pitre avec désinvolture, parce que je réalise que j’ai oublié de vous parler de mes sessions rasage dans un seau à l’arrière de notre véhicule ou du coupage de chevelure en chemin, quelles histoires !- je vous laisse avec une remarque ironique et rigolote qui exprime pourtant une vérité qui pourrait s’appliquer aux roadtripeurs en général : oui, c’est vrai on pue, mais au moins on vit !  Bon dimanche à vous les miaous !

basin-de-lait-bd

Les statistiques sont formelles : les Français sont sales. Une savonnette par Français et par an. Nous ne pouvons plus ignorer que nous sommes des porcs et nos femmes des truies. On ne nous dit pas combien de Suédois meurent chaque année pour avoir glissé sur la savonnette et s’être conséquemment éclaté la tête sur le rebord de la douche. Pourtant, c’est important. Je peux vous dire, moi, combien de Français connaissent ce sort horrible : aucun. Donc, le Français pue, mais il vit.

Les pensées de François Cavanna François Cavanna

3 réflexions sur “Le chat-pitre-13, ou la question de l’hygiène

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s