Le chat-pitre-14, ou le wwoofing

       Mes chers lecteurs du dimanche, ou des autres jours de la semaine, je ne suis pas à cheval sur ce point-là, les temps étant des plus nébuleux avec l’investiture d’un canard à la présidence, titre qui devrait au moins nous faire sourire, je vais enfin vous parler d’un concept que j’ai déjà évoqué ici et là sans jamais m’y attarder. Nos chers politiciens se crêpant le chignon aujourd’hui même pour savoir qui va remporter le plus de billes, et peut-être même le calot dans cette vaste cour de récré, le moment me semble le plus opportun justement pour parler d’un système qui fonctionne plutôt bien, basé sur des valeurs qui poussent un peu plus haut que des pâquerettes dans ce champ télévisuel. Même si, pour ma part, je les trouve très jolies, les pâquerettes.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

      Pour les astucieux qui auront compris que mes sous-titres contiennent en général un indice plus ou moins implicite de la teneur de l’article qui va suivre, vous aurez donc deviné que je vais enfin m’épancher sur le fonctionnement du wwoofing. Parce que bon, soyons honnêtes,  j’ai pas grand-chose à dire sur le pudding, le footing ou le jogging. Le premier est une aberration culinaire, le deuxième est l’antithèse de l’amusant, et le troisième est juste moche. Surtout avec des chaussettes par-dessus. Alors, que se cache-t-il donc derrière ce terme de Wwoofing, qui sonne étrangement comme un aboiement de chien ? Eh bien mes agneaux, ce terme remonte en fait en 1971 où ont éclos pour la première fois au Royaume-Uni des « working week-ends on organic farms« . Ainsi, des groupes de citadins pouvaient profiter le week-end de la nature et du décor champêtre au sein d’une ferme bio-dynamique dans le Sussex. Et découvrir les joies de la vie agricole, afin de fuir l’espace de quelques jours, la frénésie urbaine. Merci Sue Coppard ! Grâce à son initiative et  son désir de se mettre au vert, elle a ainsi réveillé chez d’autres congénères l’envie de s’immerger dans un milieu rural, et chOLYMPUS DIGITAL CAMERAez les agriculteurs, la volonté de faire connaître leurs terres et de partager leur quotidien et leurs savoirs. Aujourd’hui, fort de son succès phénoménal et mondial, le mot, comme son concept, a dû évoluer et signifie maintenant plus largement « worlwide opportunities on organic farms« . Si je traduis en langue de Molière, l’organisme représente désormais l’opportunité de pouvoir participer aux différentes tâches dans une ferme organique, en échange du gîte et du couvert, partout dans le monde ! No-way-you’re-kidding-No-I’m-not !!

          C’est donc une véritable aubaine pour les voyageurs qui veulent non seulement apprendre de nouvelles techniques et savoir-faire dans bien des domaines liés à l’agriculture, la permaculture, l’élevage, le respect de l’environnement, la nature quoi, mais aussi échanger avec leurs hôtes sur des modes de vie alternatifs, ou encore toucher au plus près la culture locale d’un pays qu’ils traversent en vivant le quotidien d’une famille ou d’un foyer quelconques. C’est aussi un pied-de-nez à notre foutu système qui prouve que tout n’est pas monétisé, et qu’il peut exister d’autres moyens de cohabiter et contribuer en échangeant des idées, des connaissances, des compétences, de la volonté et surtout de la solidarité en vivant en communauté. Attention, ceci n’est pas non plus le club Med pour les routards qui cherchent à économiser de l’argent sur la nuit et à sOLYMPUS DIGITAL CAMERA’empiffrer aux frais de la princesse ! Passez votre chemin misérables canassons ! Il vous faudra cravacher, piocher, turbiner, trimer, bosser, que diable ! La pitance se mérite, à coups de quelques heures de travail, mais pas plus de 5-6 heures par jour, avec 1 à 2 jours de repos par semaine. Soyez clairs avec votre hôte dès le départ, vous offrez votre plus grand atout, la volonté de (bien) faire, même quand vous n’y connaissez walou dans le domaine, vous n’avez pas tatoué « esclave » sur la fesse gauche (ou droite selon votre sensibilité) pour autant !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA       Bon, ça, c’est la partie théorique et platonique. En vrai, c’est pas toujours aussi bien cadré… Notre premier wwoofing en Australie a effectivement été aussi expéditif qu’instructif… Arrivés la bouche en cœur, prêts à donner de notre temps et de notre ardeur à une jolie petite famille, sifflotant presque notre bonheur de participer à une telle expérience de vie et de partage, nous avions vite déchanté, pour foncer dans le jeu de mots facile. Je me suis en effet retrouvée à récurer la maison du sol au plafond avec trois enfants hyperactifs dans les pattes, à passer en option l’aspirateur dans la voiture familiale tandis que mon compagnon s’escrimait à défricher la jungle qui apparemment fut dans ses heures de gloire, un luxuriant jardin, avec une tondeuse électrique ! Et ce, dès notre arrivée ! Alors, les enfants, c’est mignon, c’est tout choupinou, mais on est loin du concept de l’apprentissage biodynamique : le seul truc d’à peu près organique qu’on ait approché ce jour-là, c’est le poulet enfilé le soir ensemble avant qu’on ne débarrasse la table, pendant que nos hôtes se délassaient en terrasse ! Nous n’avions pas demandé les restes de la carcasse de la volaille, ni les nôtres. Le lendemain, prétextant une quelconque excuse, on avait fichu le camp même si, novice dans l’organisme, j’avoue avoir hésité à partir, pensant -innocente bécasse-que cela peut-être faisait partie intégrante du deal… Ce n’est pas souvent toujours le cas, mais cette fois-ci, oui, je reconnais que mon cher et tendre avait raison de vouloir déguerpir :)! Alors, si pendant vos expériences en tant que wwoofers, vous sentez que certaines tâches ne devraient pas vous revenir, ou que vous en faites beaucoup plus que vous ne devriez, n’hésitez pas à pointer du doigt l’abus de votre hôte, le wwoofing est un échange, basé sur la confiance et l’entraide, pas sur l’exploitation de troubadours errants. Le principe est beau, ne le gâchons pas !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

      Heureusement, nous sommes un brin opiniâtres sur les bords : après ce premier échec, nous avons quand même retenté l’expérience à plusieurs reprises en Australie et en Nouvelle-Zélande, ce qui nous a permis de rencontrer des personnes magnifiques aux projets porteurs et aux vécus inspirants. Oh, nous avons appris tout un tas de notions en tout genre, nous sommes les fiers détenteurs de savoirs que nous ne pensions jamais acquérir dans notre folle vie ! Nous avons compris comment reconnaître les bonnes des mauvaises herbes, nous savons maintenant repeindre des fenêtres sans presque déborder sur les carreaux, nous pouvons refaire votre jardin en plantant des yuccas partout selon vos goûts artistiques prononcés ou non, nous connaissons la putain de technique éreintante pour créer une ligne de pavés d’une allée, nous sommes capables d’enfourcher un quad pour aller barbeler des fils pour délimiter des territoires entre moutons blancs, nous n’ignorons plus aucun secret concernant les feux de bois géants dans la forêt et nous savons même fabriquer des nems et des samoussas ! Ca, sur un CV, si ça vous ouvre pas toutes les portes ! Nous avons testé des séjours d’une semaine, de deux et même de trois, en groupe, rien que les deux, chez un couple, chez des personnes seules, chez des jeunes eOLYMPUS DIGITAL CAMERAt des moins jeunes… On a pu faire du surf et du kayak, se baigner dans une rivière gelée, explorer des collines aux fermes isolées à vélo, défier notre logeur aux fléchettes, (s’émou)voir devant un vrai rodéo, atterrir dans une fête de village où des chiens concouraient pour leur beauté, assister à un concours de bûcherons, tirer à la carabine sur des canettes dans le jardin de notre hôte, goûter de la bière maison en écoutant le chant des oiseaux à la tombée de la nuit et même chanter Frères Jacques en birman… On n’est pas cher payés, mais on se marre, comme qui dirait  !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA      Le wwoofing, c’est donc cet art de retourner à l’essentiel, de partager des bribes de vie, d’aider à notre manière à l’élaboration d’un projet, d’user nos petites mains pour contribuer à la réalisation d’idées et de plans sur du court ou du long-terme. Et la donne formidable, c’est que tout le monde peut participer ! Il suffit de s’enregistrer, de payer pour le livre du pays où l’on veut tenter l’aventure, de rechercher les annonces sur internet ou dans le carnet, de sélectionner celles qui nous attirent le plus selon nos aspirations, notre soif de découvertes ou même nos propres compétences, de prendre son courage à deux mains, de contacter par mail l’hôte potentiel en se présentant un peu quand même (c’est toujours rassurant de connaître quelques lignes du futur wwoofer avant de lui ouvrir votre ferme et vos bras) et zou ! De foncer !

        Ouille ! Les bureaux de vote ont déjà établi les deux grands winners du premier tour des primaires de gauche, il me reste seulement quelques minutes avant que minuit ne vienne s’afficher implacablement sur mon ordinateur, je n’ai plus un seul espace pour vous parler avec ferveur de toutes ces personnes splendides rencontrées pendant ces semaines de woof woof, alors je laisse cette partie pour dimanche prochain, utilisant la bonne vieille méthode du teaser pour vous forcer à avoir envie de revenir poser vos mirettes sur ce guilleret blog. Pour tous ceux intéressés par ce concept présentement présenté, sachez qu’il existe à travers le monde, même en France et, que vous cherchiez à bosser dans un ranch, dans un centre de yoga, dans une communauté altermondialiste, dans un refuge pour animaux, dans un  youth hostel, dans une école de rue, dans des tipis, vous trouverez votre bonheur sur leur site, ou sur ses confrères Helpexchange ou  Workaway qui offrent un large éventail d’échanges qui sortent du cadre de la ferme organique ! En même temps, une auberge de jeunesse bio, fallait s’en douter ! N’hésitez pas à poser des questions plus précises, je suis toujours plus que ravie de préciser 🙂 ! Bon lundi à vous les woofs et les miaous !

7 réflexions sur “Le chat-pitre-14, ou le wwoofing

    1. Salut salut !! Oui, en effet, des fois, on s’écarte complètement du concept de départ et certains en profitent pour de la main d’oeuvre non déclarée !!! Mais à part cette première déception, les suivantes ont été top ! Tu en as fait où et combien de temps ?

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s