Le chat-pitre-15, ou la vie de woofers

             C’est dimanche les lecteurs, et il fait un temps des plus maussades dans ces belles montagnes. Mais j’ai une envie folle de sourire et de chanter. Alors, oui, la guéguerre Hamon/Valls continue, ça se bouscule et ça se tâtonne dans les urnes pour connaître l’heureux élu qui se jettera dans l’arène présidentielle prochainement; la presse s’empresse de dévoiler les dessous du Pénélopegate avec zèle et délice, ses deux complices, les nuages de pollution commencent à sérieusement piquer et Trump signe des décrets à tout-va qui nous font rétro-pédaler tout droit dans le mur…  Mais tous ces flux d’informations ne peuvent ternir ce nouvel élan de joie et de foi en l’humanité que m’a donné la vision du sublime film La La Land, the cocktail jouissif pour combattre la grisaille des pensées et des nouvelles du monde médiatique. Je vous assure, meilleur qu’un mojito triplement dosé.

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           Parce qu’on a besoin de piquouses de rappel : punaise, que l’être humain a du génie ! Comme il peut propager de pures émotions ! Comme il peut être créateur et fédérateur ! Saperlipopette, comme je ne peux pas vous montrer mon numéro de claquettes enchantées et que ce n’est sans doute pas un spectacle que vous réclamez forcément, je vais clore le chat-pitre entamé dimanche dernier sur le wwoofing pour vous raconter justement ces fous rires, ces communions avec la nature, ces belles rencontres, ces petites pierres apportées à de beaux projets, ces petits riens qui participent au tout.

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         En effet, à part la première expérience relatée la semaine dernière, toutes nos aventures en wwoofing nous ont toujours laissé de riches souvenirs, synonymes de dur labeur parfois, de moments de grâce souvent et de vrais échanges toujours. Moment de grâce par exemple lorsque, à peine débarquée sur Port Waikato, en Nouvelle-Zélande, je me retrouve la crinière délicatement enrobée dans un tue-mouches, pendant que mon compagnon  continue imperturbablement à pérorer sur notre trajet depuis Auckland et que j’essaie de m’extraire subtilement tout en souriant de mes plus beaux chicots, des mouches mortes dans les cheveux. Ou encore quand mon partenaire d’aventures s’est mis à l’eau une dernière fois avant de décoller de notre premier wwoofing néo-zélandais, et qu’il s’est retrouvé à surfer entouré d’un banc de dauphins Hector alors que j’étais en train de terminer les préparatifs et de faire la vaisselle dans la cuisine à l’ancienne, à la Cendrillon…  La prochaine fois, je peux vous dire que je ne serai pas aussi précautionneuse ! Y a pas marqué Conchita Wurst, nom d’une flûte traversière ! Cet échange nous avait appris à cuisiner un poulet avec une bière dans le derrière (dans le derrière du poulet bien sûr, dans le nôtre n’aurait aucun sens, et pis ce serait vulgaire !), à faire du vrai pain aux graines, à modeler à l’équerre et au mètre à penser les niveaux pour une future terrasse, à paver quelques pierres d’une allée qui n’en finissait plus menant de la maison de notre hôte à son terrain à vendre, envahi par les herbes folles. Près de la mer et reculés de la civilisation, des rouleaux de vagues déferlant à l’arrière de sa maison, nous avions vécu des semaines apaisées, aux côtés d’un Dean passionné, qui bouillonnait de projets et de voyages.

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            La deuxième hôte chez qui nous avons séjourné en Nouvelle-Zélande, vivait à Gisborne, dans une maison perdue au milieu de la forêt et des montagnes, entourée de cinq habitants à la ronde, chez une sexagénaire haute comme trois pommes, habillée d’un pantalon aux couleurs du piment d’Espelette, qui nous a pris d’assaut à notre arrivée pour descendre son quad du camion avant de nous planter autour d’une tablée sans ambages et sans chichis, où une dizaine de voyageurs du monde entier s’accoudaient. Angela nous avait prévenus. Cela risquait d’être légèrement crowded*.

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         De cette semaine haute en couleurs sous la direction de la pétulante hôtesse de maison, je me rappellerai ce feu de joie dans la forêt où tout le groupe s’était mis à chantonner et fredonner pendant que nous faisions la chaîne pour transporter les rondins de bois fraîchement tronçonnés à leur ultime bûcher; ces folles histoires assez glauques contées par  l’impétueuse Angela, de sa panique chronique à l’idée que l’on se blesse avec du fil de fer et de ses imprécations assénées à chaque tournicotis de barbelé : »It’s dangerous, you could lose one eye« , du savon de marseille que j’ai essuyé un soir parce que je n’avais pas mis les taros à cuire au bon moment, et qu’il leur fallait 3 heures de cuisson. En même temps, qui a déjà vu ou entendu parler de ce fruit une fois dans sa vie? Merci aux fayots qui veulent s’écrier « moi, moi, moi », de mot taire. Je me souviendrai encore de nos quatre petites -pas une de plus !- amandes chocolatées accordées une par une à chaque wwoofer après chaque repas, du trophée imaginaire remporté par Pavla et applaudi par tous après notre concours de shoots à la carabine ou encore du tonitruant adjectif « disgusting » qu’Angie attribuait à tout et n’importe quoi, aussi bien à des pâtisseries réalisées par les Tchèques qu’à des bébés… Je n’oublierai jamais notre intrépide sortie en quad avec mon driver à moi, où on a, dans la même après-midi, failli se renverser dans une côte abrupte, sauvé une chevrette coincé dans un grillage, été dénoncés pour excès de vitesse par la voisine, et privé de quad pour la fin du séjour… Je garderai en mémoire cette ambiance de partage, cette atmosphère détendue entre toutes les nations représentées, ce cadre naturel propice aux échanges d’idées et d’envies et cette dernière vision de Nicky la Suédoise qui nous glisse en partant, dans son français jeunement appris : « jé té kiffe grave ».

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            Cependant, s’il y avait bien un endroit auquel on se doit de rendre hommage, celui dans lequel on a eu la chance de pouvoir contribuer humblement aux magnifiques projets, c’est à Kendall, en Australie, lorsque nous avons franchi les portes, jeunes voyageurs hagards que nous étions, de l’Aung Mingala Farm, chez Tin et Ian. Nous y sommes restés trois semaines comme on aurait pu y rester six mois. Enfin, ils en auraient peut-être pas dit autant :).  Calme, sérénité, bienveillance et de la franche rigolade au milieu de cette ferme aux cinq hectares de plantes et d’arbres fruitiers.

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      Rythmées par le « travail » seulement en matinée, les journées passaient paisiblement, ponctuées de nombreuses pauses « tea time » ou de « enough children » pour nous forcer à cesser nos tâches, si infimes qu’elles soient. Parfois, c’était du jardinage, du plantage d’arbrisseaux, du ramassage de fruits, du tondage de la pelouse sur un mini-tracteur et même de la compote. D’autres fois, nous devions accompagner notre hôte durant ses cours de cuisine asiatiques, où nous étions désignés commis d’office (double jeu de mots dominical) ou encore nous la suivions au village pour vendre ses confitures et ses produits artisanaux. Nous avions même, à l’occasion d’une journée portes ouvertes dans sa ferme, dû endosser les tenues locales birmanes pour la journée, confectionner des dizaines de crêpes, sonné le gong, intégrer des danses traditionnelles interprétées autour d’un feu imaginaire par une Tin virevoltante et chanter Koko Goon (Frère Jacques encore) pour ses visiteurs complètement enthousiastes et enthousiasmés. Il faudra un jour me dire qui est ce Frère Jacques dont on chante tant les louanges, car il a sacrément marqué notre séjour ! Mais toutes ces activités et cette ferveur à vouloir sonner les matines dans toutes les langues n’étaient pas anodines mais au contraire élaborées dans le but louable de collecter des fonds pour une association caritative qu’ils ont fondée eux-mêmes à Kadaw en Birmanie afin d’aider à développer les équipements et infrastructures des écoles et de financer des études de médecine à de jeunes étudiants. Alors, je pardonne ce cher Frère, ils m’auraient demandé de danser la polka déguisée en kangourou, je l’aurais fait aussi, avec grand plaisir ! Et avec brio… Qui ça ?

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     C’est de loin, la plus belle expérience réalisée grâce à ce concept et partir de ce cocon où chaque jour on apprenait de nouvelles choses, même le fait que le sel est le meilleur remède pour arracher des sangsues, expérience prouvée et attestée sur mes sucrées guiboles, où chaque soir nous buvions un thé fumant, mais pas trop pour éviter que Ian ne fasse trop de « choux-choux » au grand dam de son espiègle compagne, où chaque semaine, Tin voulait chanter sous le pont d’Avignon « lon i danse tous les wons » a été une épreuve plutôt délicate et nous a même -oserais-je le confier ?- arraché une petite larme. Si les wwoofers défilaient déjà à l’époque et continuent toujours de défiler dans cet incroyable havre de paix, j’espère qu’affalés dans leur balancelle, face à leur luxuriant domaine, ils se souviendront un peu de nous, même si sur leur « cassette d’or », nous avons osé leur laisser comme héritage notre épique chanson paillarde qui va de Pampelune jusqu’à Bayonne… Ca aurait pu être pire, et tomber sur Patrick Sébastien.. Ah, la jeunesse !

         Alors remuée de tous ces magnifiques échos, de ces souvenirs de partages, de ces connaissances accumulées, de ces moments où nous nous comprenons tous malgré nos passés  et nos avenirs dans un seul présent, j’aime à rêver que tout n’est pas foutu pour nous autres pauvres terriens ! J’ai quand même réussi à embarquer mon cher et tendre voir une comédie musicale sans avoir besoin d’insister enfin si un peu quand même, disons que je l’ai eu à l’usure après des mois de travail au corps !  Alors, rêvons que diable ! Ce sont les seuls faits qui ne pourront être ni alternatifs, ni dissimulés, ni volés de nos cervelets. Pour rester dans cette veine, je vous laisse avec ce refrain de Mia dans le film du jour dont-je-n’ai-fait-que-parler-sans-pour-autant-toucher-de-droits-pour-la-promo, et vous souhaite une belle soirée les miaous!

« Here’s to the ones who dream, foolish as they may seem. Here’s to the hearts that ache. Here’s to the mess we make », Mia, alias Emma Stone dans La La Land. 

*pour les non bilingues, pour les feignants ou pour les feignants non bilingues : crowded = bondé ; disgusting = dégueulasse et pour la citation en vert, je vous laisse la chercher, d’une, je vais pas faire tout le boulot, deux, je ne veux pas lui faire perdre de son éclat avec une traduction française malhabile 🙂 !!!

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