Le chat-pitre-16, ou les incompréhensions langagières

            Bonjour à tous avides bouquineurs dominicaux  et visiteurs hagards de la toile !  En ce jour du 5 Février, où l’on souhaite bonne  fête à tous les Agathon, Agathe, Agatha, Avita, Voël et Voué de la terre, une tragédie se déploie sur les réseaux et dans les esprits. Je ne parle pas du fait de s’appeler Agathon en 2017, mais bien de la journée mondiale du Nutella ! Je sais, je me risque à perdre une partie de mon cher lectorat… Je ne suis pas contre le côté insolite de certaines créations de journées mondiales, on peut apparemment célébrer la fête du gros pull, du parler pirate ou même de la racine carrée, voyez-vous et grand bien nous en fasse. Ah ce cher Nutella ! Je pouvais le bouffer sans pain ni cuillère, à même le pot s’il le fallait, surtout que petite j’avais droit qu’au Choconuts, ou Nusticao.

         Mais, mon camarade se penchant depuis quelques temps sur les désastres écologiques engrangés par l’activité humaine, je ne peux plus le regarder dans les yeux, et oser me servir du nutella… Car continuer à en manger, c’est fermer les yeux sur l’industrie de l’huile de palme, et la déforestation et les ourangs-outans qui en pâtissent… Alors, bien sûr, tout le monde s’en fout de ces gros singes oranges, mais moins de forêts, pluS de gaz à effets de serre…Et ça, c’est pas la fête du slip rayé… En plus, maintenant qu’il y a des putains de pâtes à tartiner qui se trouvent un peu partout, et qui sont une tuerie (métaphorique, celle-là),  consommactons que diable !

       Fin du laïus, rions un peu ce soir ! Quoi de mieux que les incompréhensions en langue étrangère pour se fendre la margoulette ? Je me rappelle encore, ne possédant pas un grand bagage linguistique ukrainien en poche, devoir dessiner sur un papier les ingrédients composant ma pizza devant un serveur assez éberlué. Des années de pratique intense du Pictionnary m’auront permis de réussir délicatement le contour de splendides champignons de Paris. Connaître la langue pourtant n’assure pas toujours l’intercompréhension. Mon cher et tendre pourrait vous en dire quelque chose l’animal ! Ses premiers pas dans la langue english a été des plus tumultueux… Je ne suis pas en reste, à mes arrivées en Erasmus à Nottigham, je pensais que lorsque quelqu’un éternuait, on lui disait adorablement « miss you » (tu me manques?? what ?? ) au lieu du plus orthodoxe « Bless you » (à tes souhaits, comme chez nous quand on est polis bien sûr).

         Sûr,  mes colocataires avaient de quoi se marrer quand je disais me sentir fatiguée comme un ours et qu’ils pensaient que je voulais une bière (I feel like a beer bear), que j’expliquais pourquoi j’avais une écharpe (scarf) et non pas une cicatrice (scar) sur le visage après l’assaut impromptue d’une vitrine en plein faciès, ou que je voulais montrer mes nouveaux slips (underpants) jaunes au lieu de mon clinquant pantalon (pants). Ne parlons pas de ma tendance à angliciser des expressions bien de chez nous comme « mais bien sûr » !  But of course ! Froncements de sourcils fillonnistes assurés ! Sans oublier cette pépite qui me poursuit encore où, des années plus tard, en classe de français, face à mes étudiants, certes adultes, majeurs et vaccinés, ne trouvant plus les termes en anglais pour savoir si je pouvais effacer le tableau, je leur ai demandé innocemment si je pouvais « take it off » provoquant ainsi une certaine hilarité parmi les élèves. En clair, je leur avais proposé de tout enlever… Nul doute qu’ils aient suivi les cours plus assidûment par la suite :).

            Pour mon cher et tendre, ayant peu accroché aux cours scolaires où on apprenait enfin où était ce con de Bryan, l’apprentissage s’est donc fait sur le terrain, avec force volonté et légers tâtonnements. La première fois que nous avons rencontré un autre couple dans une sorte de camping où nous avions loué notre cabine pour les premiers jours australiens, ils nous ont proposé, je ne saurais dire pour quelle saugrenue raison, de s’adonner à un chicken fight tous les quatre. Vous savez, ce jeu sorti de derrière les fagots qu’on fait dans une piscine quand on se perche sur les épaules de quelqu’un pour faire tomber l’autre. Si vous connaissez pas, vous avez visiblement raté votre vie. At least. Bref, une offre qu’il avait déclinée avec un anglais superbe : after, maybe. Suspense haletant. Réalisant être un peu bref, il tenta d’amorcer une conversation. « how long do you staying for white rock? » On passera sur la structure cacophonique de sa phrase, l’américain ayant compris visiblement la question puisque la réponse fusa aussitôt « Two weeks« . Cyril enchérit alors « Ok, we go to bed now« , dans une formule cavalière pour annoncer que nous nous crapahutions au lit, suggérant sans le vouloir, qu’ils nous y accompagnent tous en chœur. Pire que l’OL, ou l’OM ou le PSG ou je ne sais quel club de ping-pong, une conversation de trois minutes, un plan à quatre à la clé ! Droit au but, je vous disais !

        Rien n’égalera pour autant les fous rires pris après quelques malentendus parvenus aux oreilles de mon comparse : cette fois où il me demanda pourquoi notre hôtesse balinaise, qui ne parlait que trois mots d’anglais dont « muslim » ne cessait de parler de mousseline, mousseline ; ou encore lorsque Dean, un de nos hôtes évoquait un jour la tradition de la Santa’s Parade, ou en d’autres mots, du défilé du Père Noël et que mon compère a cru qu’on allait assister à la parade des santons. Imaginez quand même la scène, des santons, ces sortes de fèves pour lesquelles on pourrait s’entre-tuer le jour de la galette des rois,  sur des chars ! Si vous cherchiez une raison pour vous taper 30 heures d’avion pour atterrir en Nouvelle-Zélande, je viens de vous la donner ! Je charrie le pauvre bougre, mais on ne peut lui ôter son envie de communiquer, de pratiquer la langue, de manier la conversation et qui, pour s’intéresser à notre hôte, le questionne donc sur l’état des sols néo-zélandais : « Do you have  a lot of worms here? «  (vers de terre) au lieu de storms (orages). De toute manière, hein vous me direz, l’un dans l’autre, on s’en fout 🙂 ! Oui, être à l’étranger est souvent synonyme de méprises, plus ou moins gravissimes : on a failli se retrouver un jour à apporter une assiette vide en Nouvelle-Zélande lorsqu’on se fait inviter chez un ami, quand on nous somme de « bring a plate » et qu’en bons piments français, on traduise littéralement… alors qu’en fait, on nous demande simplement d’amener un truc à partager. On a l’air fin avec notre argenterie, en plus de passer pour d’arrogantes grenouilles, on passe pour des radins !

      Alors maintenant que nous sommes plus aguerris en langue anglaise, et que nous sommes prêts à braver des tirades sur les poissons australiens, à les comprendre et sans rire bêtement pour faire semblant de suivre comme j’ai pu le faire dans le passé, embarquée dans un plaidoyer pour le barracuda, nous pouvons transmettre notre savoir et enseigner quelques rudiments inter-linguistiques ! Mon cher et tendre pourra vous assurer qu’un aspirateur est un joyeux false friend, et qu’il faut demander un vacuum cleaner, et non un aspirator pour éviter que vos collègues ne cherchent un robot ou un sosie du Terminator dans tout le camping. Et je pourrai vous apprendre des mots d’une grande utilité en France comme « requin »(le favori de notre amie américaine « ça va requin ? ») et  que « voulez-vous coucher avec moi » ne se déclare jamais à une table de poker, surtout quand on n’en connaît pas la signification !

            A présent que vous avez appris des savoirs hautement essentiels comme l’existence de la journée internationale de la serviette le 25 Mai, je vous souhaite une bonne soirée même si vous ne vous appelez ni Agathe ni Agueto. On se retrouve dimanche prochain pour décider à quand la journée mondiale en gros pull à résoudre des équations en langage pirate ? Pourquoi pas le 2 septembre ? Entre la journée mondiale de prière pour la création et celle de la barbe ? Les messieurs des fêtes mondiales auraient-ils de l’humour?

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