Le chat-pitre-17 ou les galères mécaniques qui piquent

        Bien le bonsoir camarades du haut lectorat de la toile minitéliste, jongleurs du net et troubadours des réseaux sociaux. La semaine dernière, j’ai osé m’insurger contre le monopole nutellesque et réduire par quatre mon nombre de suiveurs hebdomadaires  tout en vous évoquant quelques-unes des anecdotes qui ont marqué nos humbles périples, en espérant aveuglément vous extirper deux-trois rictus. Ainsi, pour continuer sur cette lignée aérienne, je vais vous dévoiler certaines de nos galères vécues sur la route, qui auront valu à nos vans d’écoper de mignons surnoms et à nos foutues caboches de perdre quelques cheveux. Parce que oui, acheter une voiture pour faire un road trip, c’est bien beau, c’est bien joli, mais à moins d’avoir un budget d’azimuté ou une chance de brancardé, c’est en fait synonyme de putains de soucis mécaniques… et de coups de la panne. Un fléau loin d’être romantique que je ne souhaite à personne.  Et mes cours de littérature du 19ème siècle ou mes piètres connaissances en ancien-français ne sont d’aucun secours en pareille embuscade ! La belle affaire que de savoir dire qu’Arthur chasse les sangliers ! (Artus achasie les sanglers)… pour les puristes !

         Nos premiers déboires de machinerie ont débuté dans un pays des plus idylliques à bord de notre premier van au bout de seulement quelques jours après avoir goûté aux affres folles de la liberté. J’en aurais presque la larme à l’oeil. Notre radiateur en effet, faisait des siennes et ne redescendait plus du niveau « high », ce qui veut dire pour les non-anglicistes, qu’on était dans la cata complet… Un avis qu’avaient partagé deux Australiens qui s’étaient approchés pour nous aider et qui avaient conclu : « could be anything… ». On était loin du mi-mi du miracle quoi.

           Alors, évidemment, quand le lendemain, le taureau par les cornes, nous avions pris, la discussion avait été bien malaisée, ayant été promue au rang de traductrice, et ne reconnaissant pas le filtre à air du filtre à café dans une voiture… On s’en était tirés pour une cinquantaine de dollars, et un cul sec d’eau pour notre radiateur assoiffé. Should be ok, nous avait confié le mécano, nous laissant nous évader tout exaltés pour Townsville… La route, longiligne, offrait de superbes paysages de forêts verdoyantes, de champs de bananes, bref la route idéale pour rouler la crinière au vent… et tomber en panne. En plein Kings Of Leon, notre musique de l’époque puisque nous étions encore jeunes, un bruit d’explosion se fait soudain entendre. Paniqués, on se regarde : « mais que diable donc se trame-t-il dans notre véhicule ? ». Enfin, pas tout à fait en ces mots, bien sûr, nous ne sommes pas Jean-Eudes et Claudine de la Risottière non plus. En ouvrant le capot, il y avait de quoi péter une durite au sens littéral, et figuré. Cette salope (pardon pour le langage) de durite reliant ce putain (mes excuses une nouvelle fois) de radiateur au moteur avait explosé ! Pas de panique, no panic, no panica, ré-flé-chi-ssons… Mon comparse a les mâchoires très serrées et enchaîne clope sur clope … Action d’une efficacité aléatoire en temps de crise, qu’il ne pourrait plus faire maintenant que le fripon ne fume plus. On est où ? Nulle part… A gauche, rien… A droite, toujours rien capitaine.

              Bon ok, on appelle la NRMA, la national roadside’s je ne sais plus quoi, bref l’assurance pour qu’elle nous dépanne, car c’est gratuit selon notre vendeuse. Vous remarquerez que c’est toujours dans ces moments-là que le réseau, de nature schizo, oscille entre le néant et une ridicule barre de signal. Mon agente reste imperméable à mes tracas téléphoniques « N° membership please ? ». Alors, j’ai beau me triturer les neurones et fouiller dans toute la paperasse, je ne sais absolument pas de quoi fichtre elle me parle, la batterie clignote -c’est bien le moment !-, elle me fait patienter, Usher me gueule dans les oreilles… C’est décidément trop pour moi, je raccroche. Je rappelle une nouvelle fois, j’explique qu’on est dans la merde. Désolée pour mon vocabulaire fleuri aujourd’hui, mais dire qu’on est engoncé dans une sacrée panade prend bien trop de temps quand le réseau, la batterie et les agents robotisés se liguent contre vous. Deuxième appel, on égrène les lettres de notre plaque calmement : n comme noodle, j comme jellyfish… Corne de gazelle, venez nous chercher et on révisera l’alphabet après ! Troisième appel, le téléphone rend l’âme. A se demander comment c’est possible quand on n’a que deux contacts dans le répertoire, dont le répondeur, et le jeu du snake comme seule application. This is living !

            Alors, quand rien ne fonctionne plus, que la terre entière se met en travers de vos roues, il n’y a plus qu’à frapper chez les voisins. En l’occurrence, à ce moment-là, il n’y a que deux maisons à l’horizon, et, hasard ou réalité scientifique, nous fonçons sur la seconde et atterrissons sur le couple le plus sympa et le plus patient de la ville, du pays, du monde, de l’univers s’il le faut. La femme s’escrime à expliquer tout notre embrouillamini au téléphone tandis que son mari nous offre des bonnes bières et nous abreuve de blagues qui égayent quelque peu notre pathétique après-midi. Total, 100 dollars de déboursés une nouvelle fois pour un changement de tuyau ainsi que pour le déplacement du mécano qui habite, au centimètre près, à 1000 mètres du lieu de notre arrêt forcé…

         Mais  notre bougre de van n’avait pas dit son dernier mot pour autant. En pleines vacances de Noël, à l’époque où tous les garages sont fermés bien entendu car sinon c’est pas assez enquiquinant, dans ce fameux bled de Townsville, le verdict fatidique tomba : il y a de l’eau dans l’huile et non dans le gaz même si pour le coup, cela revient au même ! Un joint de culasse ! Joyeux Noël, bonne année, joyeuses Pâques et merveilleuse Toussaint ! Et c’est ainsi que notre fourgon hérita de son prénom : Obélix. Non pas à cause de sa corpulence voyons ! Ne pouvant réellement pas payer les réparations au doux devis de 3000 dollars, nous avions en effet, décidé de lui faire boire de la potion magique pour colmater la fissure, en espérant que le moteur y soit tombé dedans quand il était petit pour qu’il nous amène le plus loin possible, au moins jusqu’à Airlie Beach, une destination que nous avions atteint après plusieurs arrêts au stand pour vérifier l’état de notre huile…

              Voyager en Australie en van, c’est un peu comme jouer aux mille bornes !  Et quand arriva la traditionnelle crevaison, sous la cagnasse, mon volontaire compatriote, zen malgré le  harcèlement de mouches, s’arma du cric avec une fierté toute masculine pour monter la voiture afin de changer la roue… 1…2…3…4 fois, ça y est, il est énervé ! Ca ne lève pas assez, c’est le vrai bordel ! On tente plusieurs approches et tactiques : mettre le van en pente, empiler des peaux de roue pour gagner de la hauteur… Rien n’y fait ! Finalement, un ange tombé du ciel, un bonhomme appelé Lee, nous arracha de ce bourbier dans une bonne humeur inégalée, prenant même une demi-heure de retard à son boulot pour nous aider ! Soulagés, on lui donna notre seul bien du moment, une bouteille de rouge offerte par des amis rencontrés sur la route, nous condamnant de nouveau à la piquette assurée pour le restant du road trip. Mais même contraints de ne boire que de la villageoise jusque la fin du voyage, nous n’aurions pour rien au monde regretté la chance d’avoir pu atteindre Perth, une destination des plus inespérées au départ ! Oui, Obélix était bien tombé dedans quand il était petit.

           En Nouvelle-Zélande, nous ne étions pas vraiment fait des amis sur les routes avec notre nouvelle Chariot : bloqués à 80 kms/heure du Nord au Sud puisque notre Overdrive ne fonctionnait pas. Or, comme tout un chacun sait, à l’exception de moi-même avant cette sotte panne, ce petit bouton de rien du tout, sert sur les boîtes automatiques, à enclencher la 5ème vitesse, un petit détail à 700 dollars qu’on n’aura jamais réglé de tout le périple ! Et c’est ainsi, avec notre allure forcée de pépés globe-trotteurs, que naquit notre cher Overdrix. Au moins, on put profiter des paysages.

            Oh, eh puis je vous passe les galères qui se réveillent au matin, sous la rosée douce d’une nuit humide, lorsque le véhicule génère des efforts surmécaniques pour s’extirper de notre coin de forêt  en côte. L’idée de passer toute la matinée à chasser les nombreuses sandflies qui doivent se frotter les pattes d’avance m’était si repoussante que j’avais même tenté -comme c’est mignon !- de pousser la voiture.  Puis mon fidèle allié, le cerveau en pleine ébullition pour nous sortir de ce guêpier moustiquaire, décida d’y aller en arrière, sous le regard dubitatif de sa compagne qui trouvera décidément toujours la mécanique aussi mystérieuse que l’Atlantide. Je me contentai donc d’acquiescer bêtement aux explications qui s’ensuivirent et constatai qu’en effet la voiture était montée légèrement plus haut, mais qu’on était toujours techniquement bloqués… Puis soudain, une idée jaillit, aussi farfelue que potable : utiliser de vieilles serviettes et les glisser sous les roues à l’instant T où elles se mettraient à patiner et c’est après avoir salopé des tissus inutilisables à l’avenir que nous avions pu permettre à notre cher Overdrix de revenir parmi la civilisation ! 

        Comme tous les dimanches, je « galère » (brillant jeu de mots) pour boucler en un certain nombre de termes mon chat-pitre pour pas non plus trop vous embêter avec mes historiettes et je réalise que je n’ai pas eu le temps de vous parler de notre panne en plein Alaska, près de Fairbanks, dans le parc national du Denali… Alors, comme je n’ai pas le temps de m’abandonner à vous raconter comment Goudurix, notre troisième minivan a vu le jour entre nos mains, je vous laisse en « suspension » car je commence à accumuler les turlupinades et les calembours douteux et vous retrouve la semaine prochaine, pour la suite des mésaventures, en espérant lire ou voir les vôtres sortir du coffre !

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