Le chat-pitre-20, ou, la terrible épreuve des frontières

           Nous revoilà déjà dimanche, l’heure ultime où je dois accomplir ma dure mission imposée par moi-même, de pondre, telle une belle gallus gallus domesticus (une poule en somme) un nouveau post pour oublier un peu la grisaille tenace qui enveloppe notre ciel depuis quelques jours. On est donc le 5 mars, et comme je n’avais aucune idée géniale sous la main pour aborder notre thématique d’aujourd’hui, je me suis penchée sur les événements historiques importants qui se sont déroulés un 5 mars. Et vous saurez alors, afin de pouvoir épater votre prochain date Tinder surprise ou de raviver une lueur d’intérêt dans l’œil terreux de votre compagnon, qu’à la même date, en l’an 752 de notre ère, ce cher Pépin le Bref s’est vu sacrer roi à Soissons, par Saint Boniface ! La belle affaire, c’est le succès garanti : ça débattra, ça rira de Berthe aux grands pieds, ça s’émouvra des Carolingiens et des Mérovingiens et ça trinquera à Charlemagne, bref ça s’agitera dans les chaumières ! Mais quand le sort de Pépin le Bref vous sauve d’un repas insipide mais qu’il ne possède aucun lien évident avec ma publication, je me tourne en dernier recours vers la numérologie salvatrice qui  m’apprend que la personnalité du chiffre 5 non seulement aimerait la liberté, l’aventure et les nouveaux horizons mais posséderait la curiosité d’un chat ! Si là, ce n’est pas un signe pour créer un chat-pitre sur le passage des frontières, que je sois damnée !

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        Parce qu’à l’heure où la question des « borders » brûle les lèvres des hauts personnages de notre digne société, j’ai bien envie de vous raconter celles qui nous ont fait bien rire avec du recul parce que, autant dans les aéroports, on fait pas forcément les malinois entre tous les passages aux rayons X ou Y, les douaniers qui te décrochent pas un sourire même quand tu t’essayes à une esquisse de blague, la peur de sonner à cause d’un ciseau que tu aurais oublié dans une poche fichue dans une doublure d’un sac-à-dos et les tâtonnements de parties intimes peu recommandés après des heures et des heures de vol… Surtout qu’avec mon ours de compagnon, barbu comme un homme n’ayant jamais découvert l’invention du rasoir, on se fait très souvent trifouiller et détecter le corps pour savoir si on est venu faire du terrorisage dans le navion. Une fois même, on a dû défaire mon chignon effet coiffé décoiffé car au « bodyscanner », j’avais un énorme truc jaune sur le caillou qui apparaissait sur les écrans, éveillant les soupçons des agents de sécurité, qui réalisèrent après attention plus poussée et yeux plissés, que le seul attentat à craindre de ma part serait strictement capillaire… Autant, au moment des frontières terrestres, il y a de quoi franchement s’en payer une tranche.

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              Revenons en Australie par exemple ! Nous étions en van, nous roulions au son de quatre CD, rappelez-vous, nous étions encore inconscients de la planète qui nous entoure et bouffions du nutella au petit-déjeuner, à l’après-repas et au goûter, nous filions le parfait amour et du bon coton jusqu’à ce que… nous décidâmes, insensées grenouilles voyageuses, de traverser l’état du Western Australia ! Sauf que ! Pour passer  du South Australia au Western Australia, il nous faut passer par une sorte de douane interne, qui permet de vérifier… si l’on ne possède pas… de fruits et légumes ! Si si, nous dûmes répondre à des questions très pointues pour déterminer alors si nous étions en possession d’ignobles, d’exécrables, de redoutables, d’effroyables… bananes, tomates et autres ennemies publiques numéro 1.

           Oui, en Australie, on pouvait donc détenir un arc, des fléchettes, une épée, un pistolet, mais pas de fruits ni de légumes venant d’autres états afin d’éviter toute propagation de virus dans les champs agricoles. Pour détourner les esprits rebelles et empêcher les débordements, de gigantesques panneaux jaillissaient des terres désertiques pour rappeler à l’ordre les étourdis. Mais cette pratique pour le moins étrange lorsque l’on n’est point habitués à de telles précautions n’est pas une lubie née chez nos amis australiens. Quand nous sommes revenus d’une époustouflante expédition au Salar d’Uyuni en Bolivie, il s’en était fallu de peu pour qu’on ne finisse pas sous les verrous à la frontière du Chili. Qu’avions-nous ainsi fait pour mériter telle pénitence ??? Nous transportions, palsambleu, à 10 minutes de passer la ligne fatale, des oranges clandestines ! Or, celles-ci étaient formellement interdites de l’autre côté de l’horizon, tout comme les viandes et les saucisses en boîte qui entre nous, devraient être éradiquées non pas du seul Chili mais de la surface de la planète entière. Alors, courageux pourfendeurs des droits des migrants, nous avions, lâchement jeté nos belles oranges derrière la murette de la douane, où elles s’explosèrent joyeusement sur un tas immonde de pommes et de boîtes de conserves fluo, du côté bolivien, où elles étaient encore légales. A un mètre seulement du pays, ces pauvres rejetés agrumes, ne virent jamais le Chili, sin ou con carne.

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             Les frontières diffèrent d’un pays à l’autre, et sans doute aucun, d’un sens à l’autre… En effet, quand nous sommes arrivés pour passer en Alaska depuis le Canada, nous sommes tombés, dans une petite douane ridicule avec deux agents à son bord, sur la Shérif du comté des grizzlis, la cow-boy des territoires du saumon, the lady qui fait peur quoi. Du haut de sa petite taille, assurée de son pouvoir conféré par son uniforme, elle nous jauge du regard et nous fait clairement comprendre qu’on n’est pas les bienvenus ici-bas, enfin, ici-haut. Pour se faire comprendre, elle se fait comprendre la douanière ! Elle nous parle littéralement en articulant chaque mot en anglais bien distinctement de peur qu’on ne saisisse point l’importance du message. « DO-YOU-KNOW-WHAT-WORK-IS ? DO-YOU-UNDERSTAND ? A-JOB-IS… » L’heure n’est pas à la boutade, je n’ose même pas lui dire que je suis censée enseigner l’anglais dans quelques mois. J’ai l’impression d’être dans un épisode de Dora l’exploratrice qui apprend l’anglais. Effet garanti, nous osons à peine respirer et nous avons peur d’hésiter lorsqu’elle nous pose les questions qui tueraient même un superhéros : avez-vous déjà été en Irak ? Ikea, non, pas encore, ils viennent d’en ouvrir un à Bayonne justement… En Syrie ? Oh, c’est pas trop la bonne saison… Bref, n’étant allés ni au Yemen, ni en Afghanistan, ni en Somalie, nous sommes clear, on peut passer !

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        Par contre, au Mexique, en provenance des Etats-Unis , c’est tout le contraire ! A bord de notre bolide Goudurix, nous entrons tranquillement en zone de douane, au nez et à la barbe des officiers qui nous ignorent carrément jusqu’à ce qu’on atteigne l’entrée  même dans le Mexique ! On s’arrête alors, perplexes, on se regarde comme deux concombres devant une courgette, on recule un peu notre van et on demande à une agente où nous pouvons nous enregistrer ! Elle nous explique alors que si l’on veut, on peut se parquer plus loin et revenir dans un des bureaux mais surtout, que si l’on veut profiter de meilleurs tarifs sur l’alcool, il vaut mieux, pour rafler les tequilas à très bon prix , les acheter avant la « frontière » avant de débouler sur le territoire mexicain ! Et, comme si cela ne nous surprenait pas assez, lorsque nous terminons les papiers d’immigration dans le bureau, après moult allers-retours entre les grilles de la zone, l’agent, nous pose, avec un regard malicieux, trois mignonnettes de sauce piquante extirpées d’un de ses tiroirs, pour nous proposer une offre plus qu’alléchante : 1 pour 3 dollars, 3 pour 5 dollars ! Bien sûr, ses fioles, il se les garda, mais ce fut tout de même une des frontières des plus accueillantes jusqu’à ce jour ! Pas sûr que dans l’autre direction, les douanes invitent autant à danser la cucaracha !

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            C’est ainsi que je clos ce nouveau chat-pitre qui j’espère vous aura arraché un sourire pendant cette triste soirée, et qui vous donnera peut-être envie d’aller explorer vous aussi de nouveaux horizons et de nouvelles frontières. Qui sait, vous récolterez peut-être un lot de sauces piquantes au détour de ces lignes imaginaires qui délimitent des cultures et des contrées, qui scrutent les sorties et qui filtrent les entrées. Mais surtout, s’il y avait une chose à retenir de ce supplémentaire article, ce n’est pas Berthe et ses grands petons, c’est que surtout, où que vous alliez… n’amenez pas de fucking vegetables ! Bonne soirée les miaous, à vos Christians (claviers !) racontez-moi vos histoires à vous!

PS: oui, au vu de cette dernière vanne, il était temps de conclure.

 

 

 

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