Le chat-pitre 26, ou le trek tonique (idée de titre de mon compagnon)

            Mes chers compatriotes, mes vénérés consanguins, mes bienheureux constipés et mes précieux compositeurs viennois,  l’heure a sonné d’aller aux urnes, non pas déposer les cendres d’une vieille arrière-tante qu’on n’a jamais vue mais celles d’un droit pour lesquels nos ancêtres se sont battus, celui d’aller voter, ce qui, pour certains, revient au même. Je sais bien, il a fait un temps superbe, la plage et la dolce vita vous ont embrigadés, et le fumet du repas dominical vous a fait bien plus saliver que la bobine de nos so-called représentants, bref, on a tous eu envie de se farcir la mairie comme d’aller faire une coloscopie… Mais « voter est un droit, c’est aussi un devoir », c’est pas moi qui le dis, c’est ma carte électorale. Bon, comme ça se saurait si j’étais professeure d’éducation civique, mais qu’on est en plein dans la thématique de l’ascension au pouvoir, je vais relater aujourd’hui, deux-trois escalades à nous, non moins épiques et glorieuses, de montagnes lointaines. Parce qu’un panorama qui restera à jamais ancré dans votre boîte à mémoire, ça se mérite, comme la médaille d’argent du lancer de pois chiches.

             C’est ainsi qu’au Tongariro Alpine Crossing, dans l’île du nord de la Nouvelle-Zélande, j’ai frôlé le malaise et l’émoi dans la même journée, après une magnifique randonnée de 21 bornes dans les terres du milieu auprès des terribles volcans du Mordor… Pour ceux qui n’ont pas vu/lu le « Seigneur des anneaux », faudra me donner l’adresse de la grotte dans laquelle vous vous êtes planqués ces dernières années ! Notre préparation, physique, fut remarquable : burger, pâtes aux trois fromages, bière la veille… Le jour même, céréales qui se battent en duel avec une crème solaire, chaussures montantes premier prix de Décathlon, cheveux fougueux relevés en queue-de-cheval, il n’y a pas à dire, nous étions fins prêts. Guillerette au début, enchantée par le spectacle du brouillard qui se dissipe peu à peu sous nos pas légers, je commençai vite à… désenchanter… Rouge comme une tomate trop confite, les guibolles tremblantes, le souffle cadencé, je regrette cette lubie d’avoir voulu jouer les Golums dans les montagnes… La flopée de marches et l’escalade ne s’arrêtaient plus, mon compagnon semblant à peine s’en apercevoir et s’étonnant de me trouver toujours à trente mètres derrière, la bouteille d’eau au goulot, à chaque fois qu’il se retourne. Soudain, à bout de souffle et de forces, alors que je m’apprêtai dangereusement à capituler, deux mamies me dépassèrent sans l’ombre d’un effort, me foutant une honte telle que je trouvai bizarrement en moi un regain d’énergie inespéré pour parvenir au sommet. En face de nous, l’ultime et terrible mont nous dévisageait, balayé par de gigantesques rafales de vent semblant inciter les intrépides randonneurs à rebrousser chemin. Mais, nous tenant par la main, comme des apôtres gravissant le mont « Typyton » nous allâmes affronter les folles bourrasques pour enfin apprécier le panorama incroyable qui s’offrit à nos yeux ; l’effort, la tremblote, les maudites marches, les mémés, tout s’envola en cet instant précis. Un paysage lunaire s’étendait devant nos mirettes, où scintillaient des lacs d’émeraude, nichés au cœur de rougeâtres volcans endormis, conférant à l’endroit le sentiment d’être préservé de la ferveur folie humaine.

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             Après avoir sillonné les sentiers de la NZ, aguerris comme jamais, plus rien ne nous effrayait… Et c’est pour ça, que quelques années plus tard, au pays des Incas, nous nous sommes sentis poussés une belle paire d’ailes… d’Icare. Le Santa Cruz nous appelait, et rien n’aurait pu nous en détourner, nom d’un pic à glace !! Il fallait passer à la vitesse supérieure, les hikes d’une journée ne suffisaient plus à nos cœurs vaillants et à nos corps robustes : l’heure était venue de partir pour quatre jours, sac sur le dos, sans peur et sans guide à travers les sommets péruviens de la région de Huaraz ! A part une lampe-torche dynamo et un canif, on n’avait aucun équipement, une grotesque erreur d’inattention qu’on s’empressa de corriger en louant tout le matos nécessaire dans une agence de trekking. On ressortit une demi-heure après seulement, après une courte formation sur le chemin en question, esquissé sur un powerpoint, les sacs sacrément lestés de tout l’attirail nécessaire pour survivre dans les hauteurs pour les jours à venir.

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             L’arrivée sur le début du sentier en collectivo (minivan collectif, vous l’aviez sans doute compris) fut cacophonique et fera l’objet d’un prochain chat-pitre, sur le transport en bus à l’étranger, qui mérite amplement, au nombre de frayeurs tachychardiques soulevées à certains trajets, d’avoir un post rien que pour lui le chanceux ! Mais je m’égare que diable. La première journée de trek se sera donc passée presque en sifflotant, agrémentée des rires enfants qui courent en sandalettes à nos côtés, accompagnée d’un chien intermittent, ponctuée d’un arrêt chez le garde-forestier qui avait réellement un souci avec l’évaluation des distances cartographiques, marquée d’une pluie fine ruisselant sur nos épaules endolories le temps de monter notre tente pour la nuit et d’ une invasion de moustiques qui nous avait forcés à cuisiner nos salvatrices pâtes à l’intérieur. (Attention, cet acte a été réalisé par des archi-professionnels de la rude montagne et ne doit pas être reproduit à la maison sous votre tente 2 secondes!) Bon, seul problème, mon compagnon, s’emmitoufla dans un sac de couchage de plumes acheté d’occas’, dans lequel apparemment, l’ancien propriétaire n’avait pas rendu toutes les plumes !!! A trifouiller les sacs toute la sainte nuit pour trouver une alternative pour réchauffer le pauvre bougre, on n’aura pas pu dormir grand fort, ce qui expliqua sans doute mon état d’épuisement 8h plus tard à presque 5000 mètres d’altitude (rassurez-vous, on avait décollé à 3000 et des grosses brouettes, on reste des trekkeurs du dimanche dans l’âme).

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                     On était prévenus, le jour 2 serait terrible avec plus de 1200 mètres de nivelé, les précautions avaient été prises : les bouteilles de Powerade étaient à portée de nos mains, le mental était chargé à bloc, malgré la fatigue et le poids de nos backpacks. Les paysages qui se succédèrent rivalisaient de beauté, maintenant le moral au beau fixe, j’aurais presque envie de chanter du Clo-Clo et du Dany Brillant. (Si, ça, ça ne vous donne pas envie de tenter des randonnées en notre compagnie, je jette l’éponge et le paic citron vert avec). Mais c’était sans compter le malicieux soleil qui se mit à dévorer les sommets enneigés, transformant le chemin en une sacrée belle bouillabaisse  difforme qui effaçait les traces de pas, dissimulait le chemin de randonnée et nous faisait frôler la glissade à chaque avancée. Et je n’exagère pas les faits pour servir un procédé littéraire mafieux. Nous n’avions juste pas la même conception de « facile », terme galvaudé qu’avait osé employer le guide de l’agence avant de nous lâcher dans l’impétueuse nature. En sens inverse, une équipée de mules transportant les sacs d’un groupe de randonneurs descendait tout aussi péniblement, manquant valdinguer à tout moment. En plein effort, devant ce spectacle piteux, je me mis à rire et pleurer, en proie à une hystérie incontrôlée que tenta de calmer mon comparse qui ne comprenait pas pourquoi donc je sanglotais devant des ânes. Deux Français de l’équipage, nous annoncèrent qu’il ne restait plus qu’une demi-heure, mais je ne ressentis même pas une once de joie, j’envisageai à ce stade de rester le derrière dans la neige jusqu’à ce que des loups viennent me ronger jusqu’au dernier de mes os…

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             Bref, j’incarnai pour la grimpée restante l’archétype de la moufette, pestant contre ces montagnes qui nous font suer, contre le Pérou, contre ces sommets qui ont rien d’autre à foutre de leur vie sur Terre que de s’élever à de telles hauteurs : en clair et pas en opaque, c’était pas le moment de faire des blagues, les Bigards pouvaient rester au placard dare-dare, y’en avait marre, et pas de malabar ! (Oui, aujourd’hui, ma poésie relève quasi du grand art). Alors, je peux vous dire que la pose obligatoire au panneau « Punta Union, 4750 » se fit non sans mal, et qu’elle ne figura jamais dans un album-souvenir ! A cette époque-là de plus, j’avais autant de poils sur le caillou qu’une terre agricole Monsanto. Après cette ultime escalade, toute ma bonne humeur revint aussitôt, et c’est presque avec une allégresse toute nouvelle que j’entrepris la descente, malgré le fait que, les neiges ayant fondu, le chemin se soit transformé en épaisse rivière et que nous ayons de l’eau gelée jusqu’aux genoux ! Trois heures plus tard, nous monterons enfin notre camp, sous une pluie torrentielle, mais fort heureusement, nous pourrons profiter d’une belle éclaircie pour mettre nos orteils en éventail et boire notre maté, jouissant de cette vue imprenable et du bonheur d’être seuls dans cette nature, entourés par un troupeau de chevaux sauvages… Je vous l’avais dit, faut l’arracher notre trophée.

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                   Je dois clore ce chat-pitre sur ces doux souvenirs et ces puissants chevaux (du récit, pas de la photo ci-dessus, je sais bien que ce n’en est pas), les mots se sont encore trop étirés aujourd’hui sur mon écran, et je clôturerai en donnant la seule astuce à connaître pour tous les intrépides randonneurs qui seraient tentés par ces magnifiques chemins, d’emporter avec vous, toujours… des feuilles de coca ! « Miracueuls » garantis ! Je m’en vais maintenant prier pour une intervention divine dans mon hamac, en attendant les frémissants et fatidiques résultats, car quand même, s’il y a un mossieur barbu tout là-haut qui nous observe pauvres marionnettes, il peut pas nous laisser élire n’importe qui hein, sinon, faudra que je retrouve notre p »*# de stock de feuilles de coca et que je retrouve cette satanée grotte !

Et, comme l’ascension rappelle la chute, n’oubliez pas que « plus on s’élève, plus dure sera la chute », un proverbe chinois qui sans doute, fera grincer quelques costumés tout à l’heure. Allez, faut que je me prépare pour notre prochain objectif, l’Everest, la Rhune! A dimanche les miaous, que la paix soit avec nous !

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