Le chat-pitre 28, ou, la liberté a un prix

                Mes délaissés liseurs, je lève enfin la grève du clavier AZERTY que je me suis imposée sans m’en rendre compte depuis que nous avons foulé de nos quatre roues d’une Rover hautement coriace et robuste, le sol du Maroc. A baguenauder ainsi de gauche à droite du Nord au Sud, le temps manqua fort à mon esprit pour qu’il se pose et qu’il concocte un article assez intéressant pour vous donner l’envie de poursuivre la lecture, mais l’heure est venue de reprendre le flambeau sous peine de représailles d’un cher ami philosophe dont le prénom rime et que je ne veux SURTOUT PAS contrarier :). Je vous avais quittés en vous promettant de vous expliquer comment faire des économies pendant un road trip,  (si si dans https://lasouricettedunet.com/2017/05/07/le-chat-pitre-27-ou-le-nerf-de-la-guerre-largent-enfin-il-parait/) et c’est pourquoi, pour garder de la continuité, de la cohérence et de la cochenille, je vais m’en vais vous éclairer, comme l’Esprit Saint sur les Apôtres en ce dimanche de Pentecôte, sur le comment-qu’on-fait-que-pourquoi-épargner-pendant-un-voyage-pour-que-ça-dure-plus-qu’une-semaine-sous-les-palmiers-du-Club-Med.

                Alors, bien sûr, il paraît dès lors évident que nous avons dû nous passer de tous les Thomas Cook, les Marmara et les Fram pour déambuler à travers l’Australie et que nous avons dû plutôt improviser notre voyage sur notre propre site Al’arrache.com, qui au passage, était un nom assez révélateur de l’ensemble de notre road trip. Pourtant, pour tous ceux qui n’oseraient franchir le pas, l’Australie est un pays où il est très facile d’être aidés dans l’organisation de son arrivée : packages, prises en charge d’ouverture de compte, location de vans, billets de bus Greyhound Hop-on/hop-off ou lifts possibles avec d’autres voyageurs pour parcourir le pays-continent de long en large. Mais nous voulions nous débrouiller seuls, comme des grands et surtout, dans cette optique de connaître la vie de saltimbanques sur les routes à bord de notre van qui serait notre maison, notre abri, notre transport, notre lieu de rencontres, notre seul bien, notre nid à poussière, notre toit pour la nuit, notre cube les jours de pluie, notre protecteur, notre galérien, notre avaleur de kilomètres, notre dévoreur d’essence, notre gouffre financier… A l’époque de notre première envolée, notre van nous avait en effet aspiré pratiquement tout notre budget escompté pour le séjour. Obélix était très gourmand, rappelez-vous.

            Partis de ce constat, on était ce qu’on pourrait appeler ric-rac dans la barraque, et la comptabilité était en somme une lutte de tous les jours. Et au début de nos pérégrinations, nous n’avions pas encore lu Mike Horn et nous savions à peu près nous en sortir dans la nature comme une gousse d’ail dans un panier rempli d’oignons. Le sens de la métaphore vous échappe peut-être autant qu’à moi (mes yeux s’étant arrêtés sur la corbeille à ce moment précis de recherche littéraire) mais en vérité, il a fallu vite trouver des astuces pour survivre dans ce nouvel environnement où chaque dollar australien était compté. A nous les fins de journées pour récupérer les poulets laissés à moitié prix, les nouilles en extra-super-abondance par paquets de 10, les fruits de saison, les tranches de bacon bon marché sur les barbecues gratuits, les chips Top Budget, le thon (et autres substances inconnues) en miettes et le menu pour deux au Hungry Jacks et adieu le camembert, la rosette, l’alcool, les bars et les restaurants, la fête quoi. Bien sûr, comme il nous fallait profiter un tant soit peu de notre périple, on se permettait quelques écarts, attention !- seulement lorsqu’on était en bonne compagnie et en ce temps-là, mon compère avait jeté son dévolu, je ne sais pourquoi, sur les cigarillos, qui symbolisaient alors la providence, le bonheur partagé, le luxe suprême, la bouffée d’oxygène au goût de vanille.

                 Du côté des activités, là encore, vous pensez bien qu’on faisait triste figure puisqu’en Australie, toutes les villes poussaient à la consommation, à l’expérimentation, au fun et à la détente dans des centaines de flyers colorés : zoos, jet-ski, island tours, parapente, parachute, skydiving, bodyjumping, plongée sous-marine, snorkelling, cable-ski, bus touristiques avec alcool à bord pour une clientèle très ciblée écoutant du Miley Cirus, aquariums, parcs en tout genre, musées, villages aborigènes, cours de cuisine internationale (car à part la vegemite, ils ne mangent rien d’autre, c’est bien connu) quad, kayaks, bizutage de néo-zélandais et lancer de koalas… Ca clignotait de toutes parts et ça dégoulinait de toutes les agences du centre-ville de Cairns, notre ville d’arrivée où, enthousiasmée par les premières salves d’émotions, j’avais ramené un paquet entier de brochures, qui avaient toutes fini leur folle excursion à la poubelle… Il faut limiter ses désirs et trouver son plaisir ailleurs, sur ce qui n’exige pas forcément de porter ses doigts à son portefeuille, ce qui tombe bien, dans la nature, il n’y a que l’embarras du choix. La liberté requiert quelques sacrifices.

                    Pour subvenir à nos besoins les plus primaires, ceux de nous sustenter et d’hydrater en essence notre cher van afin qu’il nous amène toujours plus loin, nous avons expérimenté d’autres manières de vivre au quotidien, au-delà des jobs qu’on a essayé de dégoter en harcelant les sites de backpackers et les lignes du Harvest Trail où nous étions prêts à nous esquinter le dos pour des clopinettes et pour pouvoir rajouter du basilic sur nos pâtes. Nous avons découvert le Woofing, puis dans les voyages suivants, HelpExchange et Workaway où les échanges ne sont plus monétaires et le partage, prioritaire. Nous avons bataillé pour pouvoir nous garer un peu partout, près de la mer, d’une rivière, au cœur de la nature et nous avons appris pour tous les voyages qui ont suivi cette première expédition qu’il n’est pas nécessaire de payer un hôtel, une chambre ou un camping pour profiter des étoiles qui n’appartiennent à personne, et donc à tout le monde. Quand nous ne pouvions pas prendre notre van sur certaines routes, nous avons levé le pouce, et cela a marché, très… trop facilement presque.

              Nous avons appris à ne rien réserver, nous laisser porter et négocier les tarifs une fois sur place dans les pays d’Asie du Sud-Est. Et à ne pas être trop exigeants. A certains prix, il ne faut pas s’étonner de cohabiter avec des poils non identifiés et des bêtes non désirées. Depuis, des initiatives bien chouettes se sont développées et qui permettent non seulement de ne pas jeter son argent par la fenêtre mais encore de rencontrer des personnes de toutes les contrées grâce à Air Bnb, GoCAmbio ou CouchSurfing…  Et avec tous les sites de comparateurs qui se développent, il est aisé de nos jours de choisir le vol le moins cher pour telle destination, sur Skyscanner par exemple. Comme s’est écrié Abdel, un herboriste marocain, sophiste dans sa jeunesse avec qui l’on a échangé longuement dans son arrière-boutique autour du célèbre whisky berbère : « On n’a aucune excuse si l’on veut vraiment voyager, et certainement pas celle de l’argent ! » Avec quelques dirhams en poche et son tambour sur les épaules, il a parcouru son pays, pour voir au-delà de sa ville natale et apprendre ce qu’il avait à apprendre, sans savoir si ses lendemains seraient de ceux qui chantent.

                     A notre manière, l’Australie aura aussi été notre premier voyage initiatique, celui qui nous a montré une nouvelle manière d’envisager le monde qui nous entoure et les possibilités infinies d’alternatives, celui qui nous a ouvert les yeux sur le sens que l’on a eu envie de donner à notre vie et qui a guidé toutes les années qui ont suivi ce premier saut la tête la première et à l’envers. L’Australie aura été notre élément déclencheur, celui qui aura ouvert la voie à une transformation intérieure qui ne cesse de se développer aujourd’hui encore, un voyage où nous avons ressenti une réelle insouciance malgré le manque certain de préparation et de billets, où notre mantra aurait pu être : « pour vivre heureux, vivons fauchés ».

PS : je vous épargne les photos de nouilles chinoises et de boîtes de sardines entamées, cela compensera les 90 photos du Maroc que j’ai eu du mal à sélectionner. A dimanche prochain, la souricette se remet sérieusement au boulal

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