Le chat-pitre 29, ou notre retour du (et sur le) Maroc

         Salamalec à vous passionnés promeneurs de la toile, aujourd’hui, je relève plusieurs défis, celui d’écrire un article avant la fin de la finale hommes de Roland Garros alors que le match débute à peine ; celui de vous attirer sur le blog alors que justement il y a cet ultime affrontement de tennismen à la TV et qu’il y a bien d’autres chats à fouetter entre le premier tour des législatives et les fêtes annuelles de mon cher village, deux événements d’une importance hautement égalée. Mon troisième challenge sera donc d’éveiller quelque peu votre intérêt pour mon verbe dominical, sachant qu’aujourd’hui, nous parlerons non pas de l’origine ni de la signification de l’expression « avoir d’autres chats à fouetter » même s’il m’est échu de vous rappeler que ce n’est pas à prendre littéralement, sachant que, d’après un certain Alain Rey, éminent lexicologue de notre ère, au service de Robert, le dico, pas le piccolo du coin, cette formule signifierait une toute autre imagerie, bien moins chatolique catholique… Mais comme je ne suis pas payée pour déblatérer lexicus merdiculus, aujourd’hui nous allons évoquer le mot qui qualifierait au mieux pour moi notre aperçu du Maroc : la générosité. D’ailleurs, en y réfléchissant bien, le sujet tombe à pic, vu que je ne suis point payée du tout pour ces billets hebdomadaires,  et qu’il semblerait donc que je n’écrive que pour le plaisir, comme ce cher Herbert Léonard.

            Lorsque l’on s’envoie en voyage en effet, on peut rechercher les sensations fortes, le dépaysement, la confrontation à d’autres modes de vies et de pensées, le repoussement de ses limites physiques, culturelles ou même intellectuelles, le retour à soi ou, clairement, le maximum d’opportunités pour faire craquer son compteur Instagram avec des clichés de lieux tous plus beaux les uns que les autres…  Et le Maroc ne manque pas en la matière ! Des paysages disparates aux natures les plus sauvages, des effluves d’épices aux parfums de musc, de rose et d’ambre gris, des couleurs des murs à celles des babouches et des pâtisseries tout en sucre, des litres de whisky berbères aux juteuses oranges pressées sans vergogne, des djellabas capuchonnées aux appliques géométriques, tout est appel aux sens et à la photographie dont notre œil se gorge à chaque sortie. Mais c’est ce qui ne se voit pas et qui ne s’entache pas sur une pellicule que  j’aimerais vous décrire en cette belle journée. Ces sourires distribués, ces ondes joyeuses diffusées, ces « bienvenue » lancés à la pelle à chaque détour de rue, cette facilité déconcertante à entamer la conversation avec deux piètres inconnus qui se baladent, enveloppés de leur bulle protectrice dans un dédale de conversations, d’échanges rieurs ou plus musclés parfois et de causeries amenées d’un ton badin sur une terrasse délaissée par les visiteurs.

            Combien de fois nous a-t-on invités à nous attabler avec nos interlocuteurs, à partager un bout de pain marocain ou des gâteaux ensuqués de miel, à revenir le lendemain goûter un vrai de vrai couscous « pas-ce-truc-de-touristes-qu’ils-servent-dans- les-restaurants-et-qui-n’ont-aucune-comparaison-possible-avec-celui-de-ma-mère-ou-de-mon-oncle », à s’asseoir boire le thé dans une arrière-boutique sans arrière-pensée financière souvent… même si on est quand même ressortis de notre première boutique après trois théières, avec un tapis qui fait rideau-nappe-foulard-couverture-poncho-écharpe-chemin-de-table-mais-pas-tapis aux couleurs de Chefchaouen, certes magnifique, mais dont on n’avait nullement l’utilité ! C’est ainsi qu’un autre jour, l’on s’est retrouvés à manger une plâtrée de sardines tout droit sorties de l’océan avec la famille des deux mécanos qui nous avaient nettoyé et lustré la Rover comme jamais, pour fêter le Ramadan qui allait débuter. Ou qu’un vieux monsieur qui surveillait pour 5 pauvres  dirhams chaque voiture garée sur les parkings publics, nous a proposé de nous garder le soir à dormir chez lui, ce qu’on avait dû refuser à son grand regret car nous repartions déjà vers de nouveaux horizons.

                 Littéralement des heures nous avons parlé avec de parfaits inconnus, en trempant des bouts de pain dans de l’huile d’argan ou du miel bio, en se resservant des rasades de thé, en observant les volutes de kif tourbillonner autour de nos têtes, autour de la fameuse soupe Harira, sur des bouts de tables bancales, en attendant que des assiettes se fassent empaqueter, en se baladant dans une palmeraie où, pour éviter les affres du soleil, nous recherchions seulement la compagnie des ombres. Les conversations, aisées, divagantes, nous ont amenés sur des terrains qu’on n’aurait sans doute jamais imaginé fouler un jour, à la limite de l’irréel parfois sur les confins de la religion et la création de l’Univers, et nous auront poussés; non pas à nous mettre à la lecture de sourates (c’est pas trop « in » ni « glam‘ en ce moment), mais à respecter encore plus les convictions et les réalités de chacun, quelles que soient les formes qu’elles revêtent… Mince, à prêcher la bonne parole évangélique, Nadal a expédié le match, et entonne déjà l’hymne espagnol, j’ai déjà failli à un de mes challenges…

                  Bref, tout au long de notre périple routier, nous aurons renoué avec ces sentiments de chaleur humaine et de solidarité que nous oublions trop souvent dans nos carcans quotidiens où l’on a des fois même du mal à recevoir ses amis à l’improviste pour le souper parce que c’était pas prévu et que la côtelette, c’est pas pratique de la découper et qu’en fait, l‘eau des pâtes elle a qu’une contenance de 2 personnes et pas 3 ni 4… Non, là où nous sommes passés, si un couvert est dressé pour 2, il l’est aussi pour les trois autres voisins, et c’est presque un sacrilège que de ne pas accepter de se mettre à table! Et, on ne veut surtout pas risquer de froisser l’hospitalité marocaine par toutes les cornes de gazelle ! C’est donc ce sens du partage et de l’accueil, qui restera ancré dans nos tajines de souvenirs, saturés de ces discussions intemporelles et de ces promesses improbables lancées à la volée : « la fois prochaine, mon ami, quand tu reviens Inch’allah… et surtout…le plus important… l’humanité ! Bonne vie » !

             PS : le match est terminé depuis longtemps, le taux d’alcoolémie des villageois sûrement overdosé et mon challenge, à 2 minutes de minuit, complètement raté. A moins que… j’aie réussi à maintenir en éveil votre intérêt jusqu’au bout de la lecture, sans avoir eu à sortir mon joker, l’histoire de ce seul jour où, on s’est fait copieusement traiter d’enc****  par un parfait inconnu alors qu’on bouffait des olives en terrasse… Pour les curieux qui souhaiteraient savoir de quel nom d’oiseau s’agit-il donc (spoiler, ce n’est pas d’engoulevent des bois), rendez-vous dimanche pro, même clic, même blog !! Bonne nuit les miaous !

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