Le chat-pitre 30, ou l’appel du long, du large et du travers…

               Dimanche 25 juin, chaleur de plomb en perspective, le soleil atteint bientôt son doux zénith, et je me lance enfin dans la rédaction d’un nouveau post, à l’arrière de la voiture, avec Enrique Iglesias en fond sonore qui nous ordonne de « sube(me) la radio », autant dire dans les meilleurs conditions optimales pour extirper de ma petite tête des palabres porteurs d’une douce lumière, qui nous donnent l’envie de prendre le large et de voguer sur des mers (de préférence) placides, à l’assaut de territoires nus de toute présence humaine et des tubes de Katy Perry. Oui, aujourd’hui, nous allons parler de ces traversées épiques, de ces périples marins, de ces vaisseaux gargantuesques qui ondulent vers des destinations légendaires. Imaginez-vous le visage fouetté par la maligne brise, à l’arrière d’un ponton de bois défraîchi par les intempéries, les narines titillées par des effluves salins, le regard plein d’espoir tourné vers ces terres encore en friche, fermez les yeux et vous voilà débarqués à … Plymouth (prononcé Plimousse par tout Français qui se respecte). Oui, de suite, notre stature d’explorateur en prend un coup, mais à l’époque de ma première traversée en ferry, je découvrais les merveilleux récits de L’île au trésor et Moby Dick, il se peut que mon imagination ait extrapolé un tantinet.

               Mon premier voyage à bord d’un bateau s’est en fait déroulé depuis Dieppes, pour rejoindre les bordures de ce fameux territoire britannique dont j’avais tant entendu parler dans nos pauvres cours d’anglais « Apple Pie ». Comme on devait y passer la nuit (et heureusement en 1994, Titanic n’avait pas encore inondé -si je puis me permettre cette facétienos écrans ni notre imaginaire collectif) ma mère avait investi dans des cachets contre le mal de mer, pour nous éviter de passer la traversée la tête dans un seau. Sauf que, à l’époque, j’avais développé une sorte de phobie aussi ridicule que la peur du beurre (si si ça existe les phobiques du Saint-Hubert), celle de coincer dans mon œsophage les comprimés aussitôt avalés… Je vous raconte pas les batailles pour les gélules à l’huile de foie de morue, percées tous les matins et mélangées à du jus d’orange, pour que je puisse profiter de ses supposées vertus, répétant tous les jours sans exception la même caboche dégoûtée. Bref, choisissant entre ma peur d’être malade en mer et celle de m’étouffer dans mon Coculine 3000, j’avais fait semblant de l’ingurgiter (Quoiiiii????!!!!) et l’avais balancé par-dessus bord, croisant désespérément les doigts pour ne pas subir les affres du malaise marin. Oui, maman, presque 17 ans après, la vérité éclate enfin au grand jour. Et l’huile de foie de morue, c’était vraiment dégueulasse. Ouf. Je me sens mieux. Et du reste, je n’ai jamais été malade en bateau, ni stressée outre mesure !

             Enfin, si l’on écarte cette fois où l’on a dû rejoindre en pleine nuit l’île du Sud depuis Wellington en Nouvelle-Zélande. Il faut dire que la traversée avait été des plus mouvementée. Et elle n’avait duré que trois heures bon sang ! Mais trois heures à lutter pour que les sandwichs fraîchement engloutis restent gentiment dans le fin fond de nos estomacs et qu’ils se transforment pas en bouillabaise, c’est long, je vous assure ! Surtout qu’avec toujours ce con de film Titanic, je me voyais déjà foutre une perruque sur la tête de mon compagnon d’aventure pour qu’il puisse lui aussi profiter d’un des rares avantages à être de la gente féminine et bénéficier de l’injonction « les femmes et les enfants d’abord ! ». Oui, bizarrement, alors que le moindre tressautement suspect dans un avion me tient en haleine tout le trajet, on peut se retrouver en panne de moteur pendant des heures au beau milieu de lagons philippins sans radio ni pigeon voyageur télécommandé que mon tensiomètre ne bouge pas d’un iota. Fait véridique, on s’est vraiment retrouvés en pleine mer avec je ne sais quel problème technique de la turbine. Pa ni pwoblemComme ce douanier sur le bateau reliant Algeciras à Tanger Med, qui nous incite, en sandalettes et en plein milieu de la traversée à effectuer les formalités d’entrée sur le territoire, sourire aux lèvres et orteils en éventail. « Hé ! Vous avez changé de président, monsieur…. C’est bien Macron ? » Aïe, la question paraît piège, mais la réponse évasive de mon diplomate de comparse avait dû lui plaire, nos passeports avaient été tamponnés d’encre toute fraîche, mais sans encombres.

           Depuis, j’en ai pris un paquet lorsque je travaillais sur cette île mystérieuse de Jersey, nichée à une bonne heure seulement de St-Malo. La traversée était synonyme alors de curiosité et découverte d’une nouvelle vie insulaire où des torrents de pluie m’accueillirent la première fois que j’en quittai le navire, avec mes grosses valises, un plan foireux pour rejoindre mon bed and breakfast, et la certitude ébranlée d’avoir fait le bon choix de me terrer sur ce caillou pour plusieurs mois. De nombreuses émotions se sont ensuite mêlées aux flots anglo-normands, de la joie de rentrer passer Noël à celle de retrouver ma camarade lyonnaise qui, encore sous quelques effluves d’alcool m’entraînait à l’extérieur, respirer de grandes bouffées d’air, les joues sacrément rosies par le vent glacial de début d’après-midi ; de la nostalgie d’entendre évoluer autour de moi des accents français et anglais et des odeurs de fish and chips ; de la tristesse enfin, de quitter cet îlot de paix, avec ses baies glacées, ses concerts de retraités et ses nuits délurées à se déhancher sur les derniers hits de l’année (les Spice Girls)jusqu’à 2 h du matin.

         En bref, en concis, en laconique, j’aime voyager à bord de ces vaisseaux, que ce soit des barques hésitantes ou des galants bâtiments, même si une nuit pour relier la Baja California au continent mexicain, on s’est retrouvés à tenter de grappiller quelques heures de sommeil sur le sol du salon des voyageurs, tentant de recouvrir avec une veste le maximum de surface épidermique possible et luttant contre le volume sonore du film Prince of Persia qui hurle en espagnol sur les écrans communs. Mais de cette traversée houleuse était née une belle rencontre, les yeux rivés sur la contrée qui s’éloigne, alors que les lumières se tamisaient, que la nuit se rafraîchissait et que les histoires se succédaient, l’atmosphère soudainement propice à ces intimes confidences.

J’aime à me le rappeler lorsque les remous persistent et que le soleil perce doucement à travers la brume matinale et que de joyeux dauphins sautillent dans les vagues qui clapotent : ces horizons lointains, ces futurs de tous les possibles, ces terres au-delà des océans qui ont attiré tant de conquérants autrefois, que convoitent tant d’êtres humains bercés d’illusions aujourd’hui et qui continueront d’appeler à eux tous ceux qui n’ont plus rien à perdre… n’oublions pas ceux-là, qui ne naviguent pas pour le plaisir, mais par nécessité, qui rêvent d’une chance qui ne leur a jamais été donnée et d’une liberté qui le leur a été arrachée. Renaud, visionnaire, l’avait bien dit : « c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme tatata ! »

Sur cette petite note légèrement salée, je vous laisse en cette belle fin de journée vaquer à vos occupations dont je vous aurais honteusement détournés quelques minutes et vous attends la semaine prochaine, vous et vos histoires de matelots ! Hissez haut bien sûr !

ps : personne d’intéressé pour le lot du sac-à-dos en vrai cuir de polystyrène de licorne du pixoquizz précédent ? Activez-vous bon sang, il va vous passer sous le nez, par mille sabords !

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