Le chat-pitre 34, ou, ce moment où j’enfile ma perruque de Jésus et mon costume de samaritaine

Dimanche est déjà passé, et avec lui, mes résolutions de constance d’attelage à l’écriture ubuesque de chats-pitres un tant soit peu intéressants pour qu’ils puissent attirer votre œil parmi les nombreuses nouvelles et photos qui défilent sur ces réseaux dits sociaux, qui, si vous voulez mon avis, nous collent fort trop le nez sur l’écran, alors même que l’on est en pleine discussion dans la vie réellement réelle. Aujourd’hui, clouée sur mon canapé car j’ai un rhume sacrément tarabiscoté et que la perspective de mettre un orteil dehors me ravit autant que de voir un film yougoslave en 3D quand j’ai oublié ma paire de lunettes3D, je me dis que, quitte à rester en position horizontale, autant faire travailler mes petits doigts de Fée Ta. Comme je n’ai pas encore assez de matière (fécale) (oui, j’ai osé) pour deviser toilettes à travers le monde, j’ai saisi au vol un truc bizarre qu’il nous est arrivé hier après-midi avec une de mes compères de lycée, que j’appellerai Jean-Jacques (pour garder son intégrité anonymique d’abord, mais aussi parce que c’est le surnom que je lui ai attribué depuis des années, suite à une sombre histoire de chevelure, qui s’inspirait, à son insu selon ses dires, de Goldman version années 90).

Alors que nous passions dans le rayon BIO d’un supermarché pour y dénicher une bricole hors de prix soi-disant garantie sans productus chimicus merdicus dedans (greenwashing bonjour), nous entendons un homme s’exclamer devant un duo de deux pimpantes personnes âgées qu’il fallait penser à la planète que diable ! Et d’ajouter, voyant notre sourire, que cela faisait même rire les demoiselles ! Alors là, mes oreilles n’ont fait qu’un tour, il fallait que Clark Kent dévoile qu’il était Superman et que le joyeux luron sache que nous aussi, nous étions des défenseures de la Terre ! Comme je n’avais pas mon super T-shirt sur moi, j’ai donc lâché un tonitruant « OUI !!! C’EST VRAI ! ON PENSE TOUT COMME VOUS », ou une autre phrase de groupie d’intellectuel. De là s’est ensuivie une conversation surréaliste mélangeant dans un seul et même échange le Macronisme aigu, la surconsommation, la bouffonnerie présidentielle, le besoin de réveiller les consciences, la fragilité de Mère Nature, les idéaux de la jeunesse et une invitation ultra VIP pour une soirée privée dont je ne peux trop révéler la teneur mais où l’on nous attend déguisées en chattes. « Faut profiter de chaque instant et tout prendre », m’ont asséné les deux sympathiques grands-mères, le sourire aux lèvres en pensant à leur jeunesse où elles n’ont apparemment pas fait que tricoter des napperons… Alors, je ne sais pas si nous nous rendrons à cette soirée haute en couleurs car d’ici là, de nombreuses péripéties peuvent encore arriver, mais je retiendrai plusieurs choses de cette entrevue : 1, il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour rencontrer des personnes d’une générosité sans bornes ; 2, en effet, la vie dézingue à toute allure et il nous faut aller vers l’essentiel ; 3, c’est bien à nous d’abord de créer le changement que nous voulons voir chez les autres et 4, j’ai quelques mois devant moi pour me dégoter un costume de félin.

Tout ça pour dire que tous ceux qui craignent de partir, pour X,Y ou Z raison, ne serait-ce que pour quelques semaines, à l’étranger, devraient faire confiance à la nature humaine. Oui, il y aura toujours des personnes malveillantes (ou désespérées) qui voudront profiter d’un moment d’inattention pour vous piquer le portefeuille de la poche arrière du pantalon (pourtant, cher chéri, je t’avais dit que ce n’était pas ta plus brillante idée), ou qui vous enfermeront à clé dans un faux taxi pour que vous payiez une course le prix d’un aller-retour pour New York… Mais à côté de ça, il y aura tous ces autres. Ces autres qui vous prêtent leur aide quand vous êtes en panne en plein bush et qu’il n’y a pas l’ombre d’une carcasse de voiture à l’horizon. Ceux qui vous proposent de vous héberger, juste parce qu’ils ont un toit et pas à vivre dans un 9m². Ceux qui vous offrent les plus grands des festins parce qu’on discute quelques minutes (et qu’on doit avoir des têtes sympa). Des histoires comme ça, j’en ai plein mon chapeau !

En effet, en Ukraine, je me souviens d’avoir été invitée par une de mes étudiantes à venir chez elle une après-midi pour apprendre quelques bribes de russe (sur un cahier d’enfant). Sa mère ne m’avait pas laissée entrer avant qu’elle ne termine son ménage ! Elle voulait que tout soit impeccable pour mon arrivée ! Je ne vous parle même pas du « goûter » où je pense bien que tout ce que renfermaient son frigo et son placard se trouvait sur la table. En Nouvelle-Zélande, une femme rencontrée au Mac DO nous a donné son numéro de téléphone pour camper dans son jardin. Dans un avion, ma voisine de siège m’a offert un magnifique porte-clés attrape-rêves après avoir blablaté tout du long sur la tornade trumpiste. A Singapour, un inconnu nous a payé les deux sous qu’il nous manquait pour monter à bord d’un bus. Au Pays de Galles, un papy nous a prises en stop avec mon acolyte lyonnaise et nous a non seulement fait dormir chez lui, mais nous a offert le repas le soir, le petit-déjeuner copieux et même un sac rempli de denrées pour tenir la journée pendant notre rando de 17 bornes !! Au Pérou, dans un minibus en partance pour les Aguas Calientes, des Chiliens nous ont proposé de partager leurs biscuits et leur « Gatorade » parce que mon cavalier fringuant, décuvant de la veille, ne l’était plus trop. Au Mexique, combien de fois des inconnus nous ont pris à un carrefour, nous et quelques autres passagers, derrière leur camionnette, pour nous éviter d’attendre une demi-heure (quand tout se passe pour le mieux) le bus de l’intersection ? Et je ne vous bassinerai pas encore avec le Maroc, un exemple d’hospitalité où tu peux être sûr que si tu te balades seul le matin, tu te retrouves à plusieurs en fin de soirée avec pépé et mémé! Et ce n’est pas une question d’argent ou de position financière : on s’est déjà fait accueillir en Thaïlande ou à Bali, dans des familles qui vivent à peine avec quatre murs et un toit, sans la deuxième salle de bains de la chanson de Bénabar.

Alors, à vous lecteurs qui pensez toujours que c’est super ces émissions, ou ces livres, où des baroudeurs arrivent à dormir chez des locaux, ou qui vous émerveillez devant ceux qui parviennent à voyager sans un écu en poche, ou qui vous dites que vous n’oserez jamais tenter le stop par peur de rester sur le bas-côté de la route (effectivement, il y a quelques trucs à éviter comme tirer une tronche de trois mètres de long, ou posséder une hache qui dépasse de votre sac-à-dos), bref que tout le monde est plus fort que vous, je peux vous garantir que si vous faites confiance à l’autre, aux autres, à vous, vous serez, bon, peut-être pas conviés à la même soirée chattes l’hiver prochain, mais sûrement surpris de vous retrouver facilement en train de refaire le monde, avec de parfaits inconnus autour d’un immonde Arrack, ou d’une piquette en cubi.

Je vous laisse donc avec ce vent samaritain qui vient visiblement de s’abattre au-dessus de mon foyer et que je n’ai pu combattre avec mon corps faiblichon et vous retrouve dès que possible sur ce même blog pour un nouveau chat-pitre ensoleillé par le don de soi et l’abnégation la plus totale. Je pardonne à tous les lecteurs qui se font irréguliers ces derniers temps, seulement si vous êtes partis en vadrouille, faut pas titiller non plus (n’hésitez pas à me raconter vous aussi vos historiettes).

Ps : dernier conseil supersonique pour ceux qui n’osent pas encore enfourcher un sac-à-dos (ça viendra si ça vous trotte dans une partie obscure de votre encéphale), allez au rayon bio de votre supermarché le plus proche, et voyez ce qu’il vous arrive. Au mieux, une rencontre inoubliable, au pire, vous rentrerez avec une plaquette de chocolat 120 % cacao pur (rien que ça) pour moins de 5 euros, car OUI, on peut en faire des choses avec 5 euros 🙂 ! Bon week-end à vous !

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